Le point sur

Qui veut la peau des grands fonds marins ?

Pour un moratoire sur l'exploitation minière des abysses.

Les nodules de manganèse sont l'habitat de nombreuses formes de vie CC BY 4.0 ROV-Team, GEOMAR
Les nodules de manganèse sont l'habitat de nombreuses formes de vie CC BY 4.0 ROV-Team, GEOMAR

Écrit par Elsa Bastien

Il y a bien des animaux qui doivent se sentir pépères, loin du fracas du monde. Au-delà de 1 000 mètres sous l’eau, les rayons du soleil ne pénètrent plus, c’est l’obscurité totale. Si loin, dans les abysses, la vie grouille : crevettes aveugles, méduses rouges ou calamars bioluminescents chahutent. En toute quiétude ?  Pensez-vous ! L’exploitation minière guette les grands fonds marins.

Déjà, la pollution ne les épargne pas. Un exemple : à des centaines de kilomètres de distance de la terre ferme, à 10 km de profondeur, « des niveaux extraordinairement élevés » de polluants organiques persistants ont été retrouvés dans des crustacés. C’est ce que concluait une étude publiée il y a 10 ans dans la revue Nature Ecology & Evolution. La faute aux industriels du pétrole notamment. On y trouve aussi des déchets plastiques.

Des abysses riches en métaux rares

« Les grands fonds constituent en effet des zones d’accumulation importantes dans lesquels les déchets sont piégés avec des densités parfois importantes, explique Olivia Gérigny à l’Ifremer. C’est notamment le cas du canyon sous-marin de Monaco, où des décharges sous-marines ont été observées sur plusieurs kilomètres. »

 
Bon, c’est tragique mais il y a pire. Ces fonds marins, méconnus car difficiles d’accès – on connaît même mieux la surface de la Lune que le fond des océans – font l’objet de moult convoitises. Ce qui intéresse certains États et certains industriels : des nodules polymétalliques riches en nickel, cobalt, cuivre et manganèse. Autant de ressources minérales cruciales pour l’essor du numérique et des technologies dites vertes. Or ces formations rocheuses mettent plusieurs millions d’années à se former sur les fonds marins ! « Cela reviendrait à ouvrir une boîte de Pandore : on verrait un enchaînement de catastrophes qui risqueraient d’être irréversibles, et dont on est incapable d’évaluer l’ampleur », avertit la présidente de Sea Shepherd France. Ce qui est sûr, c’est que racler les fonds marins est néfaste. Pollution sonore et lumineuse des machines, création de panaches de sable et rejet de particules toxiques, biodiversité dérangée… Sans parler du fait que les fonds marins sont des puits de carbone.

Moratoire ou accélération ?

Creuser les fonds marins pour extraire des minerais, on appelle cela le deep sea mining. Les ressources se situant majoritairement dans les eaux internationales, il va falloir trouver un accord commun (bonne chance), sachant que l’Autorité internationale des fonds marins, l’AIFM, interdit actuellement tout permis d’exploitation. Précisions que le procédé, fort complexe (imaginez le nombre de robots sous marins et autres vaisseaux nécessaires) n’est pas au point.

 
Pour l’instant, une quarantaine de pays, dont la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, défendent un moratoire. Les États-Unis de Trump et la Chine, eux, veulent accélérer les choses.

Et si vous n’êtes pas convaincus par la nécessité de laisser les crevettes tranquilles, voici une petite histoire.

Bye bye les requins

En 2019, Gérard Baron, actuel boss de la grosse compagnie minière canadienne The Metals Company, avait promis à la Papouasie-Nouvelle-Guinée monts et merveilles si elle décidait de se lancer dans l’exploitation minière de ses eaux. L’entreprise a fait faillite. Résultat : une catastrophe écologique et économique.

Jonathan Mesulam, activiste écologiste de Papouasie-Nouvelle-Guinée, déplorait ces effets dès 2019 : «  Cela a affecté notre culture unique d’appel des requins qui est notre identité. Ils sont une source majeure de nourriture pour notre peuple. Lorsque Nautilus a commencé ses activités d’exploration, les requins ont quitté nos eaux.»

La seule avancée qu’a obtenue le pays insulaire : une ardoise à régler de plus de 100 millions de dollars !


Alors que faire ?
– Signez la pétition de Greenpeace contre le pillage des fonds marins, comme l’ont fait 80 000 personnes avant vous.
– Limitez votre consommation de smartphones et ordinateurs. Leur fabrication nécessitent beaucoup de métaux rares et leur usage requiert des data centers de plus en gros, très gourmands également en métaux rares, eau, énergie …

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