Le chiffre
Avec une croissance de ses bénéfices de 51%, TotalEnergies vit plutôt bien la guerre en Iran
En temps de crise d'approvisionnement, le groupe français se porte bien.
TotalEnergies a enregistré 4,96 milliards d’euros de profit au 1er trimestre 2026. Comparé à l’année passée, cela représente une croissance de 51 % sur la même période. Si la tendance se poursuit, le groupe pourrait connaître la meilleure année de son histoire en matière de bénéfices.
En pleine guerre au Moyen-Orient, ce chiffre peut sembler paradoxal. TotalEnergies a en effet connu des pertes de production de gaz et de pétrole dans la région à cause du conflit. On parle de 100 000 barils équivalents pétrole par jour environ sur les 2,5 millions produits chaque jour, selon un communiqué du groupe.
Mais en parallèle de ce manque à gagner, la multinationale a relancé des projets profitables sur d’autres territoires (Amérique du Sud, Afrique du Nord). Et elle avait par ailleurs anticipé le ralentissement de l’approvisionnement en achetant début mars de grandes quantités de pétrole dans le Golfe, pour sécuriser ses stocks. Et, au passage, ses bénéfices : la revente de ces barils a généré 1 milliard de dollars à elle seule, selon le Financial Times.
Premiers gagnants de cette croissance record : les actionnaires du groupe. Ils ont pu compter sur TotalEnergies, qui a immédiatement augmenté ses dividendes de 5,9 %, la plus forte hausse parmi les majors. Le géant français n’est cependant pas le seul à faire des heureux parmi les spéculateurs boursiers. Les 117 plus grandes entreprises du secteur ont connu une croissance de leurs actions de 29 % en moyenne en 2026.
Des propositions politiques et de l’attentisme
Face à ces profits qui coïncident avec une hausse générale du coût de l’énergie pour les particuliers et les entreprises, les groupes politiques ont dû réagir. Le Parti Socialiste a déposé un projet de loi concernant toutes les entreprises générant plus de 750 millions d’euros de chiffre d’affaires. Elle propose de taxer leurs bénéfices lorsqu’ils dépassent de 20 % la moyenne des 3 dernières années.
Le groupe Communiste a, lui, proposé d’encadrer les marges des compagnies pétrolières en période de crise, en interdisant de dépasser celles constatées en moyenne au cours des douze mois précédents la crise. Cela empêcherait par exemple de voir décoller les prix à la pompe.
Parmi les réactions, on notera l’absence quasi totale de réflexion autour d’une possible sortie des énergies fossiles, à l’exception de François Ruffin pour le groupe Debout ! Il a évoqué la possibilité que cet épisode soit une occasion d’investir sur l’avenir.
La France en retard ?
À l’étranger, les dirigeants allemands, autrichiens, espagnols, italiens et portugais, tous issus de bords politiques différents, ont appelé l’Union Européenne à mettre en place un prélèvement sur les entreprises énergétiques. En France, Sébastien Lecornu a quant à lui déclaré “refuser le Total bashing” devant le Sénat, en réponse aux propositions de taxes sur les superprofits. Bottant en touche, il s’est contenté d’ajouter qu’il faudrait que “TotalEnergies se positionne d’une manière ou d’une autre sur une manière de redistribuer », comme le rapporte Le Monde. Une position alignée avec celle du groupe pétrolier : TotalEnergies estime déjà redistribuer ses profits en plafonnant les prix à la pompe. Les tarifs sont ainsi limités à 1,99 € pour le litre d’essence. Pour rappel, le tarif moyen de ce même litre était inférieur à 1,70 € sur l’année 2025.
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