Des gens qui se bougent
Mos-Laine : un maire tisse une filière laine locale pour aider les agriculteurs. Il raconte.
Comment aider les éleveurs locaux tout en redynamisant une ancienne friche industrielle ? C’est le défi relevé par le maire (sans étiquette) de Réchicourt-le Château (550 habitants, en Moselle), Stéphane Ermann. L’élu de 49 ans, aussi éleveur de moutons bio, a porté le projet Mos-Laine, une société coopérative regroupant aujourd’hui plus de 140 éleveurs de la région Grand-Est. L’entreprise transforme la laine locale en feutre et en isolant. L’unité industrielle est sur le point d’être installée sur l’ancien site du producteur de chaussure Bata, qui a délocalisé en 2001. Tout un symbole !
Comment est né le projet Mos-Laine ?
En tant qu’éleveur de moutons, je suis confronté à la non valorisation de la laine. Aujourd’hui, presque la totalité de la laine française est vendue à la Chine à hauteur d’environ 0,10 centimes le kilo. La Covid-19 a empiré la situation. L’industrie textile a été mise sur pause et les exportations ont cessé. Les éleveurs se retrouvent avec des années de production de laine sur les bras !
En 2018, j’étais vice-président de la chambre d’agriculture de la Moselle en charge de l’élevage et président du syndicat ovin de la Moselle. J’ai été convié à des réunions sur la laine dans le cadre du programme DEFI-Laine, visant à développer une filière de valorisation de la laine sur le territoire. J’ai compris le potentiel de cette matière première. Je me suis donc proposé pour porter le projet tout en laissant la main à la profession. Mos-Laine, née en 2021, est une société coopérative qui compte aujourd’hui environ 140 éleveurs à l’échelle du Grand-Est. L’un de notre objectif principal est de rémunérer justement les éleveurs : la laine est payée entre 1,5 à 2,5 euros le kilo.
Et vous vous installez dans l’ancienne cité ouvrière de Bata…
Nous nous sommes naturellement tournés vers le site de l’ancienne usine de Bata, situé sur ma commune. La communauté de communes nous a désigné comme étant la locomotive de la redynamisation de cet espace.
Entre la dépollution et l’aménagement, la réhabilitation du site a pris au moins deux ans. Nous allons recevoir notre deuxième et dernier bâtiment en février. En attendant la fin des travaux, le siège social de Mos-Laine a été établi à la mairie, et j’ai mis à disposition l’un de mes bâtiments pour commencer la production. Nous valorisons aujourd’hui environ 20 tonnes de laine. C’est un projet qui a du sens d’un point de vue économique et écologique. C’est une belle réussite sur le territoire et le début d’une aventure !
Quand on parle de valorisation de la laine on pense spontanément au textile. Pourquoi avoir fait le choix des isolants et du feutre ?
Le fil n’est pas économiquement viable car on utilise uniquement une partie de la toison des brebis. Et surtout, toutes les races de brebis ne produisent pas une laine permettant de faire du fil ! Or, il était important pour nous que le projet soit le plus inclusif possible pour les éleveurs du territoire et leurs 250 000 brebis.
Disons que c’est plutôt l’isolant qui nous a choisi. Au début du projet, les études de marché nous décourageaient. Les entreprises qui s’étaient lancées dans l’isolant en laine s’étaient ramassées. Mais, avec l’un de nos partenaires, le parc naturel de Lorraine, nous y avons cru. On voyait la possibilité de faire du volume, notamment avec le développement des plans logement-habitat ou des politiques d’économie d’énergie. Aujourd’hui, notre activité principale, c’est l’isolant ! Nous avons surtout des commandes de collectivités, dans le cadre de rénovation de collèges et de salles polyvalentes. Mais, une fois que l’usine sera mise en place et que l’on aura reçu les machines, c’est sur le feutre que nous allons faire le plus de valeur ajoutée. On a pour objectif de valoriser au minimum 90 tonnes de laine chaque année.
Quel conseil donneriez-vous à celles et ceux qui souhaiteraient s’inspirer de votre projet ?
Première étape : avoir des partenaires solides ! Je suis conseiller municipal depuis 1995, adjoint au maire sur le mandat précédent, maire depuis 2020, élu à la communauté de communes… Je suis au plus près des autres élus, ce qui est plus facile pour convaincre.
Une fois qu’on a les partenaires, il est important de déléguer le travail et de prévoir une personne chargée de mission. C’est ce qui nous a manqué. Ce sont des projets prenants qui représentent des milliers d’heures de travail, que vous ne passez pas avec votre famille ou sur votre exploitation. Notamment parce qu’il y a toujours des imprévus à gérer !
Je vois que des boîtes se montent un peu partout, on communique sur Facebook. On donne des idées aux autres en montrant que c’est possible.
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