Dossier

Le réchauffement climatique est deux fois plus rapide en Europe, avec de méchants cercles vicieux

Le Vieux continent est en grande partie responsable de sa situation climatique catastrophique.

La Mer de Glace, symbole du réchauffement climatique en Europe - crédits Eole Wind - Licence CC BY-NC-SA 2.0
La Mer de Glace, symbole du réchauffement climatique en Europe - crédits Eole Wind - Licence CC BY-NC-SA 2.0

Écrit par Mathieu Bardeau

Fortes chaleurs inhabituelles, incendies, cours d’eau asséchés : quiconque a vécu en Europe en 2025 a pu ressentir et observer les effets du réchauffement climatique. Et on a désormais une meilleure idée de l’étendue des dégâts, grâce à un nouveau rapport scientifique. Le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) et l’Organisation météorologique mondiale (OMM), agence des Nations unies, ont publié fin avril leur rapport « État du climat en Europe » sur l’année 2025. Chaque année, ce rapport apporte un panorama des changements majeurs dans les indicateurs climatiques européens. Une donnée y attire particulièrement l’attention : l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale depuis les années 1980.

Une année record

L’Europe a connu en 2025 une année rythmée par les événements climatiques et les épisodes de chaleur. Ce fut ainsi l’une des 3 années les plus chaudes du continent, et ce sur l’ensemble de son territoire ou presque. Des températures supérieures à la normale ont en effet été enregistrées sur 95 % de l’espace européen.

Parmi les zones géographiques les plus touchées, citons :

  • Les glaciers : on note une perte de leur masse nette sur l’année. Le Groenland a par exemple vu disparaître 139 gigatonnes de glaces, correspondant à une hausse du niveau des mers de 4 mm. Et pour cause : des températures au-delà des 30 °C ont été relevées au-delà du Cercle polaire.
  • Les océans : les zones océaniques européennes ont connu en quasi-totalité (86 %) au moins une journée de chaleur dite “forte” par le rapport.
  • Les forêts : le souvenir de l’immense incendie estival des Corbières est encore vivace, et il ne fut pas le seul. On compte plus d’1 million d’hectares forestiers détruits par les flammes dans toute l’Europe. Un record.
  • Les rivières : leur débit a été inférieur à la moyenne pendant 11 mois de l’année sur tout le continent.

Cerise sur le gâteau, la situation ne risque pas de s’améliorer cette année, ni en 2027 : on annonce le retour d’El Niño. Ce phénomène périodique de réchauffement du Pacifique équatorial pourrait augmenter la température à l’échelle globale de 0,2 à 0,3 degrés.

L’Europe, premier continent impacté… et premier coupable?

Mais alors pourquoi l’Europe est-elle la championne du réchauffement climatique ? Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer.

  • L’appartenance de l’Arctique au continent européen. Ce territoire connaît un réchauffement 3 à 4 fois plus rapide que le reste du monde (+0,75 °C tous les 10 ans).
  • Le recul de la couverture neigeuse dans les régions froides et sur les sommets montagneux. Moins il y a de neige et de glace, moins la lumière solaire se réfléchit, et plus elle est absorbée à terre. Leur fonte, due au réchauffement, devient ainsi un nouveau facteur de ce même réchauffement.
  • Les changements de circulation atmosphérique : ils sont particulièrement importants de la Méditerranée au Cercle Polaire. Ce phénomène entraîne des vagues de chaleur périodiques qui impactent la température annuelle moyenne.
  • Paradoxalement, l’amélioration de la qualité de l’air connue ces dernières années, peut être cause de réchauffement. Elle réduit la concentration de l’air en particules réfléchissantes, qui jouent un rôle similaire à celui de la neige citée plus haut. La diminution de la pollution sur le continent européen est aussi source de disparition d’une couverture nuageuse qui freine le réchauffement.

Ajoutons un facteur historique : les pays européens ont connu un développement économique précoce par rapport à la majeure partie du monde, largement alimenté par les énergies fossiles. Si l’Europe ne représente aujourd’hui que 6 % des émissions de CO2 dans le monde, elle constitue – avec les États-Unis – le duo de tête en matière de pollution atmosphérique depuis 1850.  

La transition écologique introuvable

« Une fois de plus, ce rapport nous rappelle que les mesures actuelles en faveur du climat ne sont pas à la hauteur de l’ampleur de la crise ». Ce sont les mots de l’ONG WWF, recueillis par l’AFP.
Et Samantha Burgess d’ajouter, en tant que Responsable stratégique pour le climat au CEPMMT : « Le rythme du changement climatique exige une action plus urgente. Avec l’augmentation des températures, la généralisation des incendies et des sécheresses, les preuves sont sans équivoque : le changement climatique n’est pas une menace future, il est notre réalité actuelle. Pour faire face à l’impact sur la perte de biodiversité, nous devons nous adapter aussi rapidement que possible à la transition vers les énergies propres, tout en veillant à ce que nos politiques et nos décisions s’appuient toujours sur des données scientifiques solides. »

Le rapport souligne ainsi l’inadéquation des moyens engagés vers la transition énergétique à la catastrophe climatique en cours. L’Union Européenne porte en cela une grande responsabilité. C’est elle qui a détricoté son propre Pacte Vert en fin d’année dernière en votant l’ensemble des lois Omnibus. C’est encore elle, pour ne citer que cet exemple qui allège les exigences sur le secteur automobile en matière de véhicules électriques. 

 
L’UE a pourtant ajouté un palier intermédiaire à l’atteinte de la neutralité carbone en 2025. En février dernier, le parlement fixait en effet un nouvel objectif pour l’année 2040 : la réduction des émissions nettes de gaz à effet de serre devra avoir atteint 90 % à cette date. Mais à quoi bon fixer de nouveaux paliers de décarbonation si les actes poursuivent des objectifs contraires ?

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