Le point sur
Le succès des Scop
Quand les salariés rachètent leur usine.
Les salariés de Brandt avaient placé beaucoup d’espoir dans le projet. Mais le tribunal de commerce en a décidé autrement. En décembre dernier, il a rejeté le projet de Scop (société coopérative et participative) du spécialiste français de l’électroménager. Liquidation de l’entreprise. 700 salariés sur le carreau.
Pourtant, ce modèle coopératif, qui permet la reprise d’une entreprise par ses salariés, a le vente en poupe. On peut bien sûr citer Duralex. Le célèbre fabricant de verre de cantine a été repris en 2024 par près de 250 de ses salariés. Mais aussi celui de Bergère de France, l’un des dernières filatures françaises devenue Scop en avril 2025. Ou encore Scop-Ti, anciennement Fralib, qui produit thés et infusions en région marseillaise.
Les Scop en chiffres
Les Scop ne se limite cependant pas à la reprise d’entreprises en difficulté. 40% de ces coopératives sont des transformations d’associations ou des transformations d’entreprises saines. On compte 10% de reprises d’entreprises. Pour le reste, il s’agit de créations d’entreprises. Essentiellement des petites ou moyennes entreprises.
On dénombre aujourd’hui plus de 4100 coopératives en France. Environ 2700 Scop . Et 1400 Scic (société coopérative d’intérêt collectif), cousine des Scop. Soit 78 500 emplois (+4 % en 2024). Et le mouvement se développe. En 5 ans, le nombre de coopérative a cru de 19 %.
Au fait, c’est quoi une Scop ?
La particularité de ces sociétés coopératives, qui trouvent leur origine dans les associations ouvrières du 19e siècle, est que les salariés sont les associés majoritaires. Concrètement, cela signifie qu’ils détiennent au moins 51 % de l’entreprise. Chaque salarié associé dispose d’une voix, quel que soit son statut, son ancienneté et le montant investi dans la société. Les grandes décisions ont vocation a être prises collectivement.
D’ailleurs, si une Scop comporte une dirigeante ou un dirigeant, comme n’importe quelle entreprise, il ou elle est élu par les salariés. Autre spécificité de la Scop : le partage des bénéfices. 40 % au moins reviennent aux salariés. La Scop en réinvestit une large part afin d’assurer sa pérennité.
Les avantages du modèle coopératif
Si le modèle est encore peu connu, il est vertueux. D’abord parce que ces entreprises sont plus durables dans le temps. Leur taux de pérennité à 5 ans est stable à 79 %, contre 61 % pour l’ensemble des entreprises françaises. Elles sont « plus solides que la moyenne grâce à une gestion des bénéfices orientée vers la pérennité de l’activité, ce qui favorise le réinvestissement constant dans l’outil de production, évitant ainsi le démantèlement industriel et assurant une vision à long terme de l’activité », expliquent dans une tribune les représentants des Scop. Les bons résultats des Scop « ne relèvent pas du hasard, mais du bon sens : les salariés sont, parmi les repreneurs, ceux qui ont le plus intérêt à pérenniser leur activité », soutiennent-ils.
Ces entreprises étant « non délocalisables et non cessibles », le modèle « garantit un ancrage territorial durable et prévient les restructurations dictées par des logiques financières de court terme ».
Au sein de la structure, les inégalités, notamment salariales, sont réduites. L’écart moyen des revenus entre le salaire le plus faible et le plus élevé n’est que de 2,3. De plus, la répartition du reste des bénéfices est jugée équitable et motivante pour les salariés.
Et pourtant…
Les échecs de reprises sont pourtant encore nombreux. Outre Brandt, on peut citer l’entreprise Sitek Insulation. Le spécialiste des panneaux isolants liquidé en mars dernier comptait 105 salariés.
Selon le récent rapport parlementaire, deux « freins structurels » ralentissement le développement des coopératives : le manque de financements par les pouvoirs publics et la méconnaissance du modèle.
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