Analyse
L’électroménager Made in France a-t-il un avenir ?
Un indice ? Il sera petit.
La liquidation judiciaire de Brandt, prononcée en décembre 2025, marque un tournant brutal. Avec la fermeture des sites de Saint-Jean-de-la-Ruelle et de Vendôme, près de 700 emplois disparaissent. Et, surtout, s’éteint le dernier grand fabricant de gros électroménager encore implanté en France. Derrière Brandt, ce sont aussi les marques Vedette, Sauter et De Dietrich qui quittent le paysage industriel national.
Cette fermeture s’inscrit dans une trajectoire bien connue. Depuis plus de vingt ans, les usines d’électroménager ferment les unes après les autres. Whirlpool a cessé toute production à Amiens en 2018. Electrolux a fermé son site de Revin, dans les Ardennes, dès 2008, mettant fin à la fabrication de lave-linge en France. Quant à Moulinex, autre géant d’hier, ses usines françaises ont disparu au début des années 2000 après son rachat par le groupe SEB, la production étant transférée à l’étranger.
La lente disparition du gros électroménager Made in France
Aujourd’hui, la plupart des grandes marques encore présentes sur le marché français ne produisent plus dans l’Hexagone. Certaines, comme Arthur Martin, subsistent comme marques commerciales, mais sans ancrage industriel réel.
Les causes de cette disparition sont multiples et bien identifiées. La pression sur les prix, la standardisation des produits, la montée en puissance de plateformes industrielles en Europe de l’Est et en Asie, mais aussi le coût de modernisation des usines françaises ont progressivement rendu la production locale difficilement soutenable. À cela s’ajoute une demande plus instable, fortement dépendante du marché immobilier, et des marges de plus en plus réduites sur le gros électroménager.
Les petits appareils font de la résistance
Pour autant, l’électroménager français n’a pas disparu. Car les petits appareils font figure de contre-modèle. C’est là que le made in France résiste le mieux. Le groupe Seb en est l’acteur central. À Mayenne, Selongey ou Lourdes, il fabrique encore des appareils sous les marques Moulinex, Rowenta ou Calor. Magimix, implanté à Montceau-les-Mines, suit la même logique avec ses robots culinaires robustes, conçus pour durer plusieurs décennies.
La réparabilité est d’ailleurs devenue un argument de taille. Seb s’est engagé à garantir la disponibilité des pièces détachées pendant dix à quinze ans pour de nombreux appareils, y compris d’entrée de gamme. Bosch et Siemens mettent désormais l’accent sur la facilité de démontage, l’accès aux pièces et les indices de réparabilité élevés de certaines références. Et de nouvelles marques apparaissent sur ce créneau. La start-up française Daan Tech en est un exemple. Avec son lave-vaisselle compact Bob, assemblé en France, l’entreprise revendique un produit simple, réparable, évolutif et pensé pour durer.
La réparation a de beaux jours devant elle
Ce renouveau fait émerger un autre type d’acteurs sur le territoire. Murfy a par exemple bâti son modèle sur la réparation à domicile et le reconditionnement, créant des emplois non délocalisables et répondant à une demande croissante des consommateurs. Le réseau Envie, présent sur l’ensemble du territoire, agit à la fois comme acteur de l’économie circulaire et de l’insertion professionnelle, en collectant, réparant et revendant des appareils électroménagers.
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