Entretien

La démocratie implicative fait renaître un village. Le maire nous raconte.

Interview de Régis Defraye, maire du village de Verteillac (Dordogne) : impliquer et sortir du cadre sont les clés du succès.

Verteillac renaît grâce à la démocratie implicative. Crédits : JLPC
Verteillac renaît grâce à la démocratie implicative. Crédits : JLPC

Écrit par Pauline Fricot

Régis Defraye, 66 ans, a été élu maire de Verteillac (Dordogne) en 2020. La commune de 546 habitants est alors « en train de mourir ». Six ans plus tard, 200 événements sont créés chaque année, le marché a retrouvé son dynamisme, et de nouveaux commerces ont ouvert leur portes. Plus d’une centaine de personnes se mobilisent au quotidien pour redonner vie au village. A l’origine de cette success story : la création d’un modèle de démocratie implicative, c’est-à-dire une ville construite pour et par ses habitants. Rencontre.

Comment vous est venu l’idée de créer un nouveau modèle de démocratie locale ?

Je n’avais pas prévu d’être maire. Mais je faisais le constat que Verteillac était en train de mourir. J’étais jeune retraité et j’ai voulu m’impliquer dans la vie du village. J’ai assisté à un conseil municipal et j’ai été horrifié par la méthode, le fond et la forme. Il n’y avait pas de réel analyse des besoins et le modèle était trop hiérarchique. Je n’en ai pas dormi de la nuit, et je me suis dit : « Il faut faire quelque chose ! »

Le maire était quelqu’un de très bien, mais il était seul, alors qu’il y a tellement de choses à faire. Dès le début, je me suis demandé : comment embarquer un maximum de personnes dans l’aventure ?

J’ai rassemblé un collectif d’une quarantaine de personnes. Au cours de trois réunions publiques, nous avons invité les gens à s’installer autour de la table, et à réfléchir à des projets. Au total, 78 propositions ont émergé. Nous en avons conservé 24 la réunion suivante, qui ont été dans notre programme. Des habitants avaient par exemple exprimé leur désir de redonner vie au marché du village. L’approche a plu, puisque notre liste [apolitique, ndlr] a remporté les élections. Et ce n’était pas gagné d’avance !

Vous ne vous êtes pas arrêté là…

On a voulu affiner un modèle. Comme je n’avais pas d’expérience dans ce domaine, je me suis appuyé sur l’expertise de l’Union des Maires (UDM) pour valider un nouveau mode de fonctionnement. Et c’est ainsi qu’on a créé un modèle de démocratie implicative.

L’idée était de ne pas rester entrer élus. Alors, plutôt que de créer des commissions municipales classiques, nous avons mis en place des comités sur différentes thématiques, complètement ouverts. N’importe qui peut y entrer ou en sortir. Par exemple dans le comité culture nous avons 18 personnes, historien, écrivain, musicien, artiste-peintre, directeur artistique… qui habitent parfois à plus de 10 kilomètres de Verteillac. Il y a une véritable effervescence intellectuelle. Entre 100 et 150 personnes sont impliquées dans ces comités, ce qui représente un quart des habitants.

Aussi, lors des conseils municipaux, nous votons au maximum les projets à l’unanimité. A chaque remarque, on améliore le projet, pour arriver à un consensus. Quitte à ce que cela prenne un peu plus de temps !

Nous essayons aussi d’être vraiment à l’écoute des habitants, et d’aller plus loin que la démocratie participative. Lorsque l’on demande leur avis aux gens, seule une minorité mobilisée intervient – c’est-à-dire 2 à 8 % de la population. C’est ce que nous avons constaté en organisant un vote pour choisir le nom de notre école. Ce fonctionnement est dangereux parce qu’il ne représente pas la réalité. Pour répondre à cette problématique nous avons décidé de travailler ponctuellement avec La Poste. Les facteurs sont des gens en qui on a confiance, que l’on connaît et que l’on voit régulièrement. On leur a transmis un questionnaire à remettre aux habitants. Taux de réponse : 80 % !

Quel impact ce nouveau mode de fonctionnement a eu sur la vie du village ?

Le lendemain de notre élection, le comité des fêtes – qui avait disparu depuis plus de deux ans – était créé en plein Covid-19. Un mois plus tard, la fête du village était organisée.

Aujourd’hui, environ 200 événements sont proposés toute l’année, que ce soit des concerts, du théâtre, des événements sportifs, des célébrations… Il y a des projets dans tous les sens ! Le marché a retrouvé son dynamisme, avec une quinzaine de marchands tous les samedis. Nous avons accueilli à Verteillac de nouveaux commerçants ou services comme une mercerie, une friperie, une recyclerie, un sophrologue, un naturopathe, un électricien…  Et nous avons même créé notre propre maison d’édition.

L’un des défis est souvent de maintenir cette mobilisation sur le long terme. Comment faites-vous ?

C’est l’une des difficultés majeures. Les personnes mobilisées sont nombreuses, et les sujets sont variés, ce qui permet d’éviter les lassitudes. Aussi, nous nous inspirons du management en entreprise [Régis Defraye est ancien cadre et directeur de site au sein d’IBM, ndlr]. Nous appliquons par exemple un modèle d’organisation type Adhocrate. C’est-à-dire que pour chaque projet, des experts de différentes disciplines sont regroupés. C’est une structure souple et temporaire, qui disparaît une fois le projet réalisé. Ce renouvellement permet de s’user un peu moins vite.

Du côté de l’équipe municipale, chaque élu a reçu une délégation sur un sujet. C’est-à-dire que sur ces thématiques, ils peuvent parler et prendre des décisions à la place du maire. Nous avons aussi choisi de réduire mon indemnité et celles des adjoints pour permettre aux conseillers municipaux de toucher une enveloppe. Tout cela permet d’entretenir la motivation !

Quel conseil donneriez-vous à des municipalités qui souhaiteraient répliquer votre modèle ?

Il ne faut pas chercher à répliquer notre modèle. Il fonctionne bien pour nous, mais il n’est pas adapté à toutes les communes.

La première étape est de créer un climat de confiance, d’écouter et de respecter la parole de tout le monde. C’est grâce à ces deux piliers qu’on entraîne les gens et qu’on les implique. Et surtout il faut oser sortir du cadre !

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