Film, émission, spectacle
« Docteure Maboule » contre l’empire du plomb
Une mini-série polonaise saisissante sur une pédiatre qui a osé nommer un scandale sanitaire enfoui.
Date de sortie : 11/02/2026
Réalisateur : Maciej Pieprzyca
« Autrefois dépassée, elle s’élance aujourd’hui vers la modernité telle une fusée dans l’espace ». C’est avec cette archive de propagande sur la Haute-Silésie, datée de juin 1974, que Maciej Pieprzyca ouvre Les Enfants de plomb, mini-série polonaise inspirée d’une histoire vraie et mise en ligne sur Netflix le 11 février 2026. Ces images d’archive reviennent à chaque épisode. Elles disent la foi dans le progrès. La série en montre l’envers : le prix humain de cette « modernité » industrielle.
Jolanta Wadowska-Król arrive à Targowisko comme nouvelle pédiatre du district. Très vite, elle voit des enfants affaiblis, anémiés, parfois gravement malades. Peu à peu, elle comprend qu’ils souffrent de saturnisme. En cause : la fonderie de Szopienice, maintenue à plein régime sans protection sanitaire suffisante. Le déni ne tient alors plus. Les enfants tombent malades, les familles s’inquiètent. Ce qui se joue apparaît alors pour ce que c’est : un drame sanitaire délibérément occulté.
Une médecin contre le silence
La force de la série tient à la place qu’elle donne à cette femme aux prises avec un appareil répressif. Joanna Kulig lui prête une présence remarquable, tenue, directe, sans emphase. Elle compose une médecin qui avance moins par héroïsme que par refus de se taire, dans un monde où chacun a ses raisons de ne pas voir : une administration soucieuse de son image, un quartier qui ne veut pas croire que l’usine empoisonne parce qu’elle fait vivre, une vie domestique elle-même travaillée par l’épreuve.
© Robert Pałka/Netflix
Pieprzyca inscrit ce combat dans une mise en scène sobre et rugueuse. Plans larges, palette grise, image légèrement granuleuse, tout concourt à faire sentir l’usure du monde industriel. La reconstitution de cet espace est particulièrement soignée. Les enfants y jouent et la pédiatre le traverse sans cesse. Les corps y apparaissent d’emblée pris dans un environnement dégradé qui les façonne autant qu’il les menace.
Une série qui résonne avec force aujourd’hui
Les Enfants de plomb éclaire effectivement un mécanisme qui déborde largement son cadre géo-historique. En France, la contamination au cadmium signalée à nouveau par l’Anses au printemps 2026, comme les débats autour de la loi Duplomb 2, rappellent combien certaines atteintes sanitaires peuvent longtemps être minimisées au nom d’intérêts économiques. La série permet ainsi de penser plus largement la manière dont des atteintes graves à la santé deviennent politiquement tolérables dès lors qu’elles s’installent lentement, frappent des populations reléguées et demeurent en partie soustraites au regard public.

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