Bizarre et intéressant

Le tardigrade, un « ourson d’eau » increvable

Ils résistent... à tout ! On en a même envoyé dans l'espace.

Un tardigrade. Flickr / PDM 1.0
Un tardigrade. Flickr /PDM 1.0

Écrit par Elsa Bastien

Vous pensiez les punaises de lit coriaces ? Vous ne connaissez pas le tardigrade, que l’on appelle aussi « ourson d’eau ». Mesurant entre 0,1 à 1,2 millimètre, il a survécu à cinq extinctions majeures. Voilà 500 millions d’années que ces invertébrés traînent parmi nous. Ils se baladent des fonds marins au sommet de l’Himalaya en passant par un rocher près de chez vous. Rayons X, températures extrêmes (-272°C, la température la plus basse mesurée dans l’univers, à +151°C comme sur Mercure), pressions quatre fois supérieures à celles des abysses, vide sidéral, radiations nucléaires… Ils font partie du club select des extrémophiles.

Ces animaux à huit pattes intéressent bien sûr les scientifiques. Un exemple ? L’espèce Ramazzotius varieornatus a été « envoyée dans l’espace durant une dizaine de jours afin d’étudier sa capacité de survie dans le vide spatial à 270 km d’altitude », rapporte le Muséum d’histoire naturelle.

Un état de super dormance

Certains scientifiques semblent même être totalement fascinés par le tardigrade. Ils se lancent dans des expériences qu’on ne peut malheureusement vous expliquer, faute de connaissances suffisantes en « biologie quantique ». Retenez simplement que des chercheurs ont « intriqué » un tardigrade avec un qubit. Un qubit, c’est une sorte de mini… clé USB (bonjour les cyborgs!). Cette prouesse digne de la science-fiction n’a pourtant pas si impressionné que ça leurs collègues.

La question, lancinante, demeure : comment les tardigrades résistent-ils à… tout ? Principalement grâce à la cryptobiose ! Soit leur capacité à rentrer dans un état de vie super ralenti. Leur métabolisme fonctionne alors à 1 %. Pour cela, il faut s’autodessécher. Stéphane Tirard est professeur d’épistémologie de l’histoire des sciences à l’université de Nantes. Il explique le phénomène dans Le Journal des Sciences : « Les organismes qui sont capables de passer en cryptobiose possèdent des caractéristiques qui leur permettent de faire sortir l’eau des cellules et qui en plus leur permettent de protéger les structures cellulaires, les membranes, pendant cette phase de dessiccation. »

« Ces outils intéressent déjà les scientifiques pour de futures applications biomédicales révolutionnaires comme la conservation de médicaments et de vaccins sous une forme déshydratée ou encore la protection des cellules contre les rayonnements mortels qui serait utile pour les futures missions spatiales », explique l’Université de Montpellier.

Des vers congelés depuis l’époque des mammouths

Le tardigrade n’est pas le seul à maîtriser la cryptobiose. Une équipe russe a ramené à la vie des nématodes, ou vers ronds, qui se trouvaient dans un terrier d’écureuils à l’époque des mammouths. Ils sont restés pendant plus de 30 000 ans « congelés » dans la glace du permafrost avant d’être réanimés.

Revenons aux tardigrades : malgré un fort intérêt scientifique pour ces animaux minus, il reste encore énormément de mystères à percer. « Les tardigrades possèdent des gènes uniques qui leur permettent de survivre là où la majorité des espèces vivantes périssent », souligne Le journal du CNRS dans l’article Les super pouvoirs du tardigrade. « Considérant les 1 338 espèces connues, mais aussi toutes celles qu’il reste encore à identifier, un important champ de recherche reste à explorer. »

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