Bizarre et intéressant
Amadou, le champignon tout feu tout flammes
On le trouve facilement en forêt !
Qu’ont en commun Ötzi, l’homme du Néolithique découvert congelé à 3 200 m d’altitude, et les grands romantiques ? Un champignon allume-feu appelé l’amadouvier. En forêt, vous l’avez surement déjà aperçu, ce champi parasite qui squatte les troncs des arbres affaiblis ou morts. Surtout ceux des hêtres ou autres feuillus. C’est un gros sabot gris blanc un peu étagé, tout dur si vous vous amusez à toc-toquer dessus. (À ne pas confondre avec un autre polypore plus petit et plus coloré). Alors pas de méprise, il ne se mange pas. Si notre homme préhistorique le chérissait, c’est qu’il permettait de transporter du feu. L’amadou, la chair du champignon (Fomes fomentarius), est très fibreuse, et le feu peut y « couver » longtemps, et donc voyager. Il suffit ensuite de le « ranimer » en soufflant dessus et en rapprochant des brindilles.
Salpêtre ou urine ?
Mais avant que le feu couve dans ce sacré champignon, comment faire pour l’embraser en premier lieu, sans briquet ? « Du silex était frappé contre un morceau de pyrite ou de marcassite, provoquant une étincelle qui faisait naître une petite braise dans la poudre d’amadouvier sur laquelle il suffisait de souffler. Avec de la poudre d’amadouvier bien sèche, on obtient assez rapidement un bon feu », lit-on sur le blog d’Ecotree. (Quelqu’un vous l’explique en photos ici.)
En effet, si on peut se contenter de prendre un bout d’amadouvier et de le faire sécher, on peut aussi le réduire en poudre. Autre idée, expliquée par le mycologue Hubert Voiry, auteur de Dix champignons qui ont changé la vie des hommes (éditions Actes Sud, 2025) : « Pour faciliter l’embrasement, on a perfectionné la technique. L’amadou est débité en tranches fines qui sont amollies à coups de maillet puis qui sont mises à sécher. Au cours des siècles, des traitements au salpêtre ou aux cendres ont été mis au point pour qu’il s’enflamme plus facilement. » (Sachez que des techniques à base de bains d’urine sont aussi possibles.)
À ce stade, vous aurez compris le sens de l’expression « avoir un cœur d’amadou », utilisée en Provence… Soit quelqu’un qui s’enflamme très vite ! Si vous en connaissez un, peut-être pourriez-vous lui offrir un petit bout de champignon cueilli avec amour !
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