Entretien

Nous sommes de plus en plus touchés par des épidémies. Bonne nouvelle : « la biodiversité a un effet protecteur »

Audrey Arnal, chercheuse en écologie des maladies infectieuses explique le lien entre émergence des épidémies et santé des écosystèmes.

Epidémie : la biodiversité a un rôle protecteur face à la propoagation d'un virus" / Crédit : William Moureaux.
Epidémie : la biodiversité a un rôle protecteur face à la propoagation d'un virus" / Crédit : William Moureaux.

Écrit par Pauline Fricot

L’émergence d’un foyer d’un hantavirus sur un bateau de croisière (le MV Hondius) à fort taux de mortalité a réveillé les craintes de voir survenir une nouvelle épidémie, six ans après le Covid-19. Une augmentation croissante d’épidémies a marqué ces dernières décennies. En cause : les activités humaines, qui favorisent l’exposition aux virus et aux bactéries et détruisent la biodiversité. Cette dernière joue pourtant un rôle protecteur. Audrey Arnal, chercheuse en écologie des maladies infectieuses, fait le point.

Quelle est l’origine de cet hantavirus ?

Les hantavirus sont des virus zoonotiques, c’est-à-dire qu’ils sont transmis par l’animal. Ce sont principalement des rongeurs sauvages qui les portent et les transmettent. La transmission à l’humain se fait essentiellement par inhalation d’aérosols contaminés qui vont provenir par exemple de l’urine, des fèces ou de la salive des rongeurs infectés. Dans les Amériques, les hantavirus provoquent une maladie respiratoire sévère dont le taux de létalité est fort, de 30 à 40 %.

Le virus qui a fait l’actualité récemment est l’hantavirus Andes. Il circule principalement en Argentine et au Chili. Il est le seul hantavirus pour lequel nous avons une documentation connue d’une transmission interhumaine. Néanmoins, celle-ci reste rare. Mais un contact étroit et prolongé dans un endroit clos la favorise. Le bateau remplissait donc des conditions idéales pour sa propagation ! La première personne contaminée sur le bateau de croisière MV Hondius  avait fait du tourisme ornithologique. On  suppose qu’elle a été en contact avec des éléments souillés par des rongeurs en allant voir les oiseaux.

L’OMS a souligné que la majorité des épidémies étaient zoonotiques. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Depuis les dernières décennies, nous avons une augmentation croissante des épidémies – c’est-à-dire l’émergence d’un agent pathogène, comme un virus, une bactérie, dans les populations humaines. Environ 75 % de ces épidémies, sont liées à des agents zoonotiques, c’est-à-dire à des pathogènes qui vont circuler chez l’animal (1).

Comment expliquez-vous cette augmentation des épidémies ?

Il y a deux choses. D’abord, l’urbanisation ou la déforestation augmente la probabilité de contact entre l’animal et l’humain. Cela favorise la transmission des maladies. Par exemple, l’installation d’activités humaines, comme l’agriculture intensive, dans des lieux préservés augmente le risque d’être en contact avec de nouvelles espèces animales.

Aussi, et c’est le second point, la biodiversité joue un rôle central dans les dynamiques de transmission des virus. Nous avons participé à une étude au Mexique, qui n’a pas encore été publiée, qui montre que plus une zone est préservée de toute anthropisation (2) plus la séroprévalence [prévalence d’anticorps spécifiques à un agent pathogène, ici les hantavirus, ndlr ] chez les rongeurs et chez les chauves-souris est faible. La biodiversité a donc un effet protecteur.

Pourquoi la biodiversité a-t-elle cet effet protecteur ?

Elle réduit la transmission de virus, grâce à ce qu’on appelle l’effet de dilution. Dans un écosystème riche en espèces, les agents pathogènes vont rencontrer plein d’hôtes différents, dont certains transmettent très mal le virus. Cela va donc freiner et limiter sa circulation.

Sur quel système de prévention travaillez-vous ?

Il est important de prendre conscience que la prévention est primordiale. Mettre en place des moyens pour éviter l’émergence d’épidémies permet d’éviter d’avoir à faire face aux conséquences de celles-ci !

Ce qui est complexe dans la prévention c’est de montrer qu’elle fonctionne. Comment, en effet, quantifier qu’une épidémie a été évitée ? Je travaille à élaborer une méthode permettant de mesurer le succès d’une campagne de prévention. Nous nous appuyons sur des indicateurs sociologiques, écologiques ou sanitaires. Par exemple, il est possible de mesurer s’il y a une diminution de la séroprévalence chez l’humain ou chez les animaux. Il est aussi possible de quantifier l’appropriation des campagnes de sensibilisation par la population.

 
(1) Il existe plus de 200 types connus de zoonoses. Les zoonoses sont une maladie ou une infection transmissible des animaux à l’humain.

(2) Transformations liées aux activités humaines (agriculture, urbanisation…)

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