Comprendre en 1 minute
L’Europe ouvre la porte aux « nouveaux OGM »… A quel prix ?
Nous ne pourrons pas savoir s'il y en a ou non dans notre assiette.
Quand il s’agit de techniques scientifiques (nucléaire, EnR, IA, nouveaux OGM, …), nous avons souvent l’impression que tout cela est bien trop compliqué pour nous, simples quidams. Ce qui est bien pratique pour les défenseurs de l’industrialisation du monde ! Mais pas question de se laisser dépasser, La Bouscule est là pour vous éclairer.
Déjà, de quoi parlons-nous ?
Les nouveaux OGM désignent les plantes issues des nouvelles techniques génomiques (NGT). Comme pour les OGM première génération, l’Homme modifie le génome mais cette fois sans ajouter d’ADN étranger. Ces plantes ne sont donc pas transgéniques. Après trois ans de négociation, et au grand dam des défenseurs de l’environnement, le 17 juin, les eurodéputés ont voté leur autorisation en Europe. A une condition : le génome ne doit pas avoir subi plus de vingt modifications génétiques. Elles étaient quasi toutes interdites sur ce territoire jusque-là.
Pour ses défenseurs, l’intérêt est de favoriser la compétitivité européenne. Car ces plantes sont moins gourmandes en eau ou en pesticides et permettent des cultures avec plus de rendement, etc.
Privatisation du vivant
Et alors ? Les problèmes que cela pose sont très nombreux. Déjà, démocratiquement ! La Via Campesina explique : ces plantes « pourraient être vendues sans étiquetage spécifique, ce qui signifie que les agriculteur·rices pourraient les cultiver et les consommateur·rices les consommer sans jamais en être informé·es. Ce manque de transparence neutralise de fait le principe de précaution, pierre angulaire du droit européen de l’environnement et de la santé ».
Par ailleurs, les petits paysans s’inquiètent. S’ils cultivent près d’une parcelle plantée de nouveaux OGM, leur champ pourra être contaminé ! Et alors, les grands semenciers pourront… leur faire un procès si leurs plantes ressemblent un peu trop aux leurs. Car bien sûr, ces plants seraient brevetés : un pas de plus vers la privatisation du vivant.
Et quid de la biodiversité ? Ces techniques présentent « des menaces pour les équilibres écosystémiques liées notamment à une modification des interactions avec les animaux (y compris les insectes) en cas […] de visite des plantes », écrit Pollinis. L’ONG indépendante conclut sur une large méconnaissance des impacts possibles des nouveaux OGM sur les pollinisateurs. Et aussi sur la biodiversité et les écosystèmes.
Même l’Anses est inquiète
Oui mais... Les adeptes des NGT l’assurent : les sélections « conventionnelles », celles que tout paysan pratique depuis la nuit des temps pour obtenir des plants à son goût, ont les mêmes effets. Alors un génome modifié au plus une vingtaine de fois, ce n’est rien !
Marie Toussaint, vice-présidente du groupe Verts-ALE, balaie l’argument : « Les critères utilisés pour déroger à la législation en vigueur sur les OGM sont à la fois arbitraires et scientifiquement contestables. »
Las, maintenant, l’Europe a ouvert la porte. Et ce malgré les craintes de l’Anses *. Dans un rapport, l’agence sanitaire française se veut prudente, bien plus que ne le sont la France et les députés Renew (macronistes) en Europe. L’agence souhaite ainsi que chaque plante concernée par ces nouveaux OGM fasse l’objet d’une évaluation des risques, au cas par cas.
Souvenons-nous de la promesse des OGM époque José Bové : en finir avec la faim dans le monde. Faut-il encore faire confiance aux promesses de l’agro-industrie ?
* Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail
Pas de commentaires