Des gens qui se bougent
Transition énergétique. Guillaume Coutey, maire de Malaunay : « L’anticipation prépare le territoire au choc »
Malaunay, est une ville de 6 200 habitants, pionnière en matière de transition énergétique. Rencontre avec le maire, Guillaume Coutey.
Petite ville normande de 6 200 habitants, Malaunay est connue pour être pionnière en matière de transition énergétique. Elle démontre qu’on peut avoir de l’impact en anticipant et en agissant sur le temps long. Un chantier de fond, mené depuis plus de 20 ans, lui permet de résister aujourd’hui aux crises de l’énergie. Rencontre avec Guillaume Coutey (PS), 48 ans, maire de Malaunay depuis 2012.
Quelles sont les racines de l’engagement de Malaunay ?
Les premiers échanges sur ce sujet datent de 2006. Malaunay était alors en difficulté financière. Un comité regroupant des agents et des élus municipaux volontaires a été créé pour réfléchir à des idées permettant de faire des économies. Or, les dépenses énergétiques étaient parmi les plus importantes. Alors, à partir de 2010, la municipalité s’est rapprochée de l’Ademe afin de s’engager dans la démarche Cit’ergie, aujourd’hui appelée TETE, ce qui a permis d’élaborer un plan d’action. En 2012, j’ai été élu maire et la transition écologique est devenue l’arête du projet politique de l’équipe municipale.
C’est aussi à ce moment-là que la ministre de l’Environnement de l’époque, Ségolène Royal, a lancé l’appel à projet national des territoires à énergie positive pour la croissance verte (TEPCV) . Avec Cit’ergie, Malaunay était prêt. Nous avons reçu un soutien financier de l’État à hauteur de 2 millions d’euros. Nous avons pu accélérer et déployer des actions concrètes.
Quelles actions ont été menées depuis ?
Malaunay a mené entre 300 et 400 actions depuis une quinzaine d’années. Nous avons d’abord travaillé sur la sobriété, en réduisant le nombre de mètres carrés des bâtiments municipaux. Nous avons par exemple fermé une halte garderie, tout en maintenant le service dans la crèche municipale.
Dans un second temps, grâce à Cit’ergie, nous avons travaillé l’efficacité thermique de presque tous nos bâtiments, pour ensuite accélérer le développement des énergies renouvelables. Une partie du patrimoine a été équipé de toitures photovoltaïques en autoconsommation dès 2017. Aujourd’hui, la commune compte près de 1 800 m² de toitures solaires sur le patrimoine municipal. Elle a aussi été la première ville à l’échelle nationale à mettre en place l’autoconsommation collective [modèle de partage d’électricité à l’échelle locale, ndlr].
Nous avons également décidé de réduire la dépendance au gaz de la collectivité. Nous avons créé une chaufferie et un réseau de chaleur municipal alimentés par la biomasse permettant de desservir plusieurs équipements, dont la piscine. Une quatrième chaufferie en biomasse va prochainement être mise en service.
Vous avez commencé par mettre des panneaux photovoltaïques sur le toit de l’église. Pourquoi ?
J’ai toujours souhaité que les actions de transition aient un impact sur l’espace public. Interpeller les habitants du territoire est un enjeu d’éducation à l’environnement. Commencer par mettre des panneaux solaires sur l’église avait donc pour vocation de susciter du débat. De même, nous avons levé un emprunt auprès des habitants pour participer au financement d’une toiture solaire sur une école. Nous n’en avions pas besoin, mais l’objectif était d’impliquer les habitants dans notre démarche.
Quelles économies ont été réalisées ?
Entre 35 et 40 % de la consommation d’électricité de la commune est couverte par notre propre production.
Au-delà des économies, l’anticipation permet de préparer le territoire aux chocs. Lors de la hausse du coût de l’énergie en lien avec la guerre en Ukraine, nous n’avons pas eu à fermer des équipements ou à baisser la température de la piscine par exemple. Nous avons pu maintenir un niveau de qualité du service public équivalent.
Comment parvenez-vous à obtenir que les habitants s’impliquent à leur tour ?
Il n’y a pas de sensibilité écologique particulière à Malaunay. Nous avons d’abord fait en sorte que la ville agisse de manière exemplaire pour ensuite dire aux habitants : « Et maintenant, pourquoi pas vous ? ». Pour les aider, nous avons mis en place des outils. Comme le service municipal gratuit d’accompagnement à la réhabilitation thermique des logements – le SAME, le Service d’Aide à la Maîtrise de l’Énergie – afin de les conseiller dans la rénovation de leur logement.
Quels sont les plus grands obstacles que vous rencontrez ?
Les enjeux de transition écologique se travaillent sur le temps long. Or, aujourd’hui, nous sommes confrontés à une forme d’impatience, alimentée par les réseaux sociaux ou les chaînes d’information : il faut changer les choses, et vite.
L’instabilité des politiques publiques à l’échelle nationale est aussi une réelle difficulté. Les dispositifs de soutien de l’État et les réglementations changent tous les six mois et empêchent cette réflexion sur le temps long. En l’espace de huit mois, le gouvernement, sans consulter les territoires, a par exemple réduit la compensation liée à l’exonération du foncier économique pour les entreprises et a augmenté les cotisations retraites. Ces deux décisions ont fait perdre 180 000 euros à Malaunay. Il devient de plus en plus difficile de se projeter dans des projets de territoire ambitieux alors qu’il y a urgence à agir.
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