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Conférence sur la sortie des énergies fossiles : un nouvel espoir… à confirmer
Une alternative aux COP pour accélérer la transition énergétique ?
La guerre en Iran et les tensions autour du détroit d’Ormuz le montrent bien : le monde entier est encore complètement dépendant des hydrocarbures du Golfe. Pourtant, dans l’optique d’une transition énergétique, et alors que les COP se succèdent sans effet flagrant, un nouvel élan est peut-être né fin avril en Colombie. Du 24 au 29 avril s’est tenue la 1ère conférence internationale sur la sortie des énergies fossiles, à Santa Marta.
Un signal fort
Cette réunion était organisée par la Colombie, hôte des échanges, et les Pays-Bas. 56 pays étaient représentés. La France, en chef de file des pays européens, mais aussi des plus petits États comme le Panama, le Sénégal ou Singapour. Ainsi que des producteurs d’hydrocarbures tels que la Norvège, le Nigeria, le Brésil ou le Canada.
Les plus mauvais élèves en matière d’émissions de CO2 n’ont, quant à eux, pas reçu de carton d’invitation. L’Inde, la Chine, les États-Unis, la Russie, ou encore les pays du Golfe manquaient ainsi à l’appel.
Si un objectif clair avait été défini pour cette réunion – trouver des solutions concrètes permettant de respecter les engagements de la COP28, aucune action n’a été lancée à la suite des ces 5 jours d’échanges. Mais l’essentiel était ailleurs. Ce rassemblement constitue surtout un signal fort à l’échelle mondiale, face à la stérilité habituelle des conférences annuelles.
Des propositions et de nouvelles voix
La conférence a tout de même accouché de plusieurs propositions pour sortir des énergies fossiles. Parmi elles : ne plus subventionner le charbon, le pétrole et le gaz ; favoriser l’électricité ; réduire la demande énergétique ou taxer les superprofits fossiles. Un groupe de 500 experts scientifiques a aussi été formé lors de la réunion. Et des groupes de chercheurs indépendants ont proposé des leviers de sortie. Parmi eux : l’interdiction des projets d’extraction par exemple, ou encore l’intervention des banques centrales dans les investissements en énergie propre.
Les échanges ont été encadrés par des messages anticapitalistes tenus par les membres du gouvernement colombien. Irene Velez Torres, ministre de l’environnement, a ainsi présenté son souhait de “ne pas [se] focaliser sur notre économie, mais prioriser les vies, la solidarité et la sécurité”, comme le rapporte Le Monde. Le président Gustavo Pedro a quant à lui qualifié de ”suicidaire” le modèle capitalistique construit sur les énergies fossiles, potentiel “prélude du fascisme”.
Dans cette démarche alternative, il était logique de trouver parmi les invités des représentants de la société civile. Près de 900 associations, ONG, syndicats, mouvements autochtones et féministes, ont ainsi pris part aux débats. Leur présence a permis de donner une portée sociale aux discussions, en évoquant l’autodétermination des populations en première ligne, la réparation des préjudices subis et le respect des droits collectifs, comme le souligne Amnesty International. Pour les ONG présentes, cela passe par l’atteinte de plusieurs objectifs. D’abord, redonner le contrôle sur leurs investissements aux pays du Sud, notamment en sortant de la dette. Et placer les droits humains et la protection sociale au cœur des plans nationaux de transition.
Des divergences se profilent déjà
Si ce rassemblement constitue en lui-même un acte prometteur, difficile d’imaginer que l’ensemble des pays présents se rallieront sur le long-terme à de tels messages contre l’économie libérale. La conférence laisse par ailleurs entrevoir des différences de vues entre les pays. Ainsi le Sénégal et le Nigeria ont plaidé pour une réduction, et non une sortie totale, des énergies fossiles. Leur argument : ne pas entraver le développement de leurs pays, largement dépendant des revenus de la production pétrolière.
Sur le mode opératoire aussi, les débats promettent d’être longs. La France ne veut pas ajouter de nouveaux textes juridiques à ceux déjà existants. Là où un collectif de 18 pays, dont le Pakistan, souhaite aboutir à un traité de non-prolifération des énergies fossiles.
Cette conférence a donc le mérite d’exister et de poser un jalon dans la transition énergétique mondiale. Mais il faudra attendre la suite pour véritablement juger de son impact. La suite justement, ce sera en 2027 sur l’archipel de Tuvalu, pour une 2ème conférence. Un hôte choisi comme un symbole : les îles Tuvalu constituent l’un des pays les moins avancés d’Océanie. Elles pourraient surtout être le premier état souverain inhabitable du fait du changement climatique, d’ici 2050.
Rendez-vous à la COP31
Ces discussions pourront-elles influencer les COP à venir, malgré l’absence des mastodontes énergétiques comme les États-Unis ou la Chine? À commencer par la COP31, qui se tiendra en novembre prochain en Turquie. La présence à cette conférence alternative d’une puissance comme la France pourrait le garantir, mais attention au double discours. Car le gouvernement a certes participé activement aux débats et a été le premier à partager sa feuille de route pour les décennies à venir. Mais il n’a rien annoncé de nouveau pour autant à la sortie de la conférence. Les objectifs avancés sont en effet ceux de sa stratégie bas-carbone déjà présentée en 2025 : plus de charbon en 2030, plus de pétrole en 2045, plus de gaz en 2050. On attendra donc la suite pour voir émerger de nouveaux engagements.
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