Entretien

Élevage durable ? « Il n’y a pas d’agriculture durable sans élevage », Xavier Fernandez, de l’Inrae.

Comprendre les enjeux de l'élevage durable.

Elevage durable ? Oui, c'est possible nous explique Xavier Fernandez. Crédits : Ries Bosch, Unsplash
Il n'y a pas d'agriculture durable sans élevage. Crédits : Ries Bosch, Unsplash

Écrit par Pauline Fricot

Qu’est-ce qu’un « élevage durable » ? Comment concilier écologie, élevage et bien-être animal ? Xavier Fernandez, responsable du département physiologie et systèmes d’élevages au sein de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) apporte quelques éclairages.

L’élevage, connu pour être émetteur de gaz à effet de serre, cristallise les tensions. Quel est votre regard ?

L’élevage rend des services écosystémiques, au-delà du fait qu’il nous nourrit. Les systèmes d’élevage reposant sur des prairies permettent par exemple d’entretenir des paysages, de valoriser des ressources végétales comme l’herbe, non consommable, et de stocker du carbone dans les sols.

L’élevage permet aussi de produire des fertilisants naturels. Cela est particulièrement important dans le cadre de l’agriculture biologique. Notre point de vue, au sein de l’Inrae, est qu’il n’y a pas d’agriculture durable sans élevage.

Qu’est-ce qu’un « élevage durable » ?

La durabilité repose sur trois piliers : économique, environnemental et sociétal. Un élevage durable améliore sa performance sur ces trois points. En caricaturant, c’est un élevage qui produit un aliment sain, tout en préservant les ressources naturelles, en limitant au maximum les impacts sur l’environnement, et en dégageant un revenu et des conditions de travail acceptables pour les éleveurs. Sans oublier le respect du bien-être des animaux.

Il n’y a pas un seul modèle de bonnes pratiques.  Celles-ci dépendent de l’environnement dans lequel l’élevage s’inscrit. Pour aller vers plus de durabilité, il faut d’abord analyser l’intégration des élevages dans le territoire, s’intéresser aux impacts positifs et négatifs sur cet environnement, analyser les revenus dégagés par l’éleveur…  Ce n’est pas blanc ou noir, durable, ou pas durable. Ce sont des objectifs à atteindre, un chemin de progrès que doivent emprunter l’ensemble des systèmes d’élevage.

Vous évoquez le bien-être animal. Comment celui-ci est-il évalué, et comment évolue sa prise en compte ?

Nous nous appuyons sur une définition proposée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) en 2018. Il est défini de la façon suivante : «  le bien-être de l’animal est l’état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux, ainsi que de ses attentes. Cet état varie en fonction de la perception de la situation par l’animal » .

Le point important dans cette définition, c’est que l’on reconnaît que les animaux ont des attentes, et qu’ils sont capables de percevoir une situation, laquelle peut générer des émotions positives ou négatives. Jusqu’il y a peu, le bien-être était considéré comme une obligation de moyen. C’est-à-dire qu’il suffisait de nourrir et d’abreuver les animaux, de les loger correctement, dans un espace sécurisé et de garantir leur bonne santé. Mais cela ne suffit pas à satisfaire le bien-être.

Dans le cadre de nos recherches, nous essayons de comprendre les émotions des animaux. Nous évaluons leurs « compétences cognitives », c’est -à-dire leur capacité à percevoir, analyser et comprendre ce qu’il se passe dans leur environnement, et analysons les réactions associées. A partir de ces connaissances, nous réfléchissons aux pratiques permettant de favoriser les émotions positives.  Nous évaluons par exemple l’impact de l’enrichissement du milieu, avec l’apport de jeux, qui peuvent favoriser certains comportements ou des interactions sociales entre les animaux ou avec les humains.

L’évaluation de l’état mental est un véritable défi sur le plan de la recherche. Comprendre les liens entre état mental et bien-être nécessite d’observer les animaux sur la durée car l’état de bien-être est une résultante de différentes expériences Nous n’avons pas de solutions miracles à ce stade mais la recherche progresse au quotidien.

En tant que consommateur, comment bien choisir ses produits d’origine animale, afin de soutenir la prise en compte des enjeux environnementaux et du bien-être animal ?

Les attentes sont de plus en plus fortes. Néanmoins, il subsiste des incohérences entre les attentes des citoyens telles qu’ils les expriment et leur comportement alimentaire et d’achat. Les consommateurs font par exemple moins attention à la provenance des aliments lorsqu’ils mangent à l’extérieur de leur domicile.

La première chose à faire est de s’informer sur les systèmes d’élevage et de production qui sont à l’origine des produits que l’on consomme. Par exemple, en se renseignant sur ce que signifie un signe de qualité particulier (label rouge, AB…). Les cahiers des charges sont consultables.

Un autre bon réflexe est de faire attention à l’origine des aliments que l’on achète. Nous avons moins de garanties sur les conditions d’élevage concernant les produits importés. Privilégier donc par exemple les produits français. Ceux-ci respectent un certain nombre de règles. Les achats en circuit-court permettent une meilleure visibilité sur la façon dont les animaux sont élevés.
Il existe des initiatives d’ « étiquetage bien-être », comme celle comme celle développée par l’ONG Compassion in World Farming (CIWF) pour le poulet et le porc. Mais celles-ci ne sont pas généralisées.

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