Le point sur
La France représente 1 % des émissions de gaz à effet de serre : que faire de ce chiffre ?
La responsabilité de la France est en fait plus importante que ce que ce chiffre semble dire.
À force de l’entendre martelé sur les plateaux TV et radio, il faut reconnaître qu’on ne sait plus ce que ce chiffre signifie. Et, à première vue, le fait que la France ne représente qu’1 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre peut sembler très faible. D’autant que le chiffre est surestimé. Le dernier rapport EDGAR de la Commission européenne* l’estime en fait à 0,70 %. La France, 7ème puissance économique mondiale, ne figure ainsi qu’au 22ème rang mondial. Derrière des pays comme le Mexique, l’Irak ou la Turquie.
Ce chiffre permet donc aux climato-sceptiques comme Marion Maréchal ou Eric Zemmour de se déresponsabiliser à l’échelle mondiale. Car selon eux, ce serait à tous ces pays, Chine en tête, d’agir avant nous.
Derrière ce petit chiffre, des gros chiffres
Sauf que cet argument ne tient (évidemment) pas.
Rappelons d’abord que tous les pays qui émettent moins de 1 % des GES mondiaux – et qui devraient donc attendre sans rien faire selon l’extrême droite – représentent déjà près du quart des émissions mondiales. De quoi avoir un certain impact donc.
Ensuite, si le chiffre de 1 % présente l’avantage d’être rond et facile à retenir, il ne signifie finalement pas grand chose. Il doit en effet être mis en regard d’autres données.
- D’une part, il ne faut pas se limiter aux émissions produites, mais y ajouter les émissions importées. Ce qui permet de calculer l’empreinte carbone réelle d’un pays. Et cela change largement la donne pour la France : les émissions importées représentent 50 % de son empreinte en 2024 selon l’INSEE. De ce fait, rapportée à la population, l’empreinte carbone moyenne d’un Français est proche de celle d’un citoyen chinois. Et elle dépasse de 42 % la moyenne mondiale.
- D’autre part, le développement non simultané de l’ensemble des pays du monde nécessite également de regarder l’historique des émissions à travers les siècles. Et notamment depuis la révolution industrielle du XVIIIème siècle en Europe. Ainsi, la France figure parmi les plus gros émetteurs historiques depuis 1750. Elle se trouve au 8ème rang mondial, juste derrière l’Inde.
Le France s’est engagée devant le monde entier
Au lieu de jouer à “qui émet le plus?”, il semble plus pertinent de se concentrer sur la trajectoire des émissions françaises et sur les moyens mis en œuvre pour les réduire. La France est en effet engagée par les Accords de Paris à atteindre la neutralité carbone en 2025. Et à réduire d’ici là ses émissions de gaz à effet de serre de 4 % sur la période 2024-2028.
Or la réduction a ralenti ces dernières années. Si elle a connu un niveau record de -7 % en 2023, elle n’a atteint que -1,8 % en 2024 et -1,5 % en 2025. Parmi les causes de ce ralentissement, le Citepa** explique chez Ici que les réductions étaient “fortement associées à l’évolution du mix énergétique pour la production d’électricité. Ce mix étant désormais très décarboné, les gains potentiels s’amoindrissent pour le secteur. » Et pour 2025 s’ajoute une forte reprise du raffinage, destinée à anticiper la crise d’approvisionnement en produits pétroliers. Le raffinage a ainsi pesé à lui seul 10 % des émissions énergétiques sur l’année.
Le rôle d’un état est avant tout de protéger ses citoyens
Mais finalement, peu importe le chiffre ou la place de la France dans le classement mondial. Derrière ces pourcentages et ces tonnes de gaz émises se cachent des conséquences concrètes sur la santé, la sécurité alimentaire, la sécurité de l’habitat des citoyennes et des citoyens. Amoindrissement de la production agricole, fissuration des maisons et logements en surchauffe, explosion des pathologies respiratoires et de certains cancers, les conséquences du dérèglement climatique sur la population sont très importantes. Les faits sont là.
A ces enjeux s’ajoute notre sécurité énergétique. Sur ce sujet, écoutons les propos de Jean-Marc Jancovici, expert en énergie. « D’ici 2050, la production de pétrole des pays qui fournissent notre pays devrait être divisée par deux environ. Or ces pays gardent une part croissante du pétrole et du gaz qu’ils produisent pour leur propre population. Leurs exportations vers la France et vers l’Europe devraient être divisées par un nombre compris entre 2 et 10 ».
Tous ces enjeux imposent une responsabilité à endosser pour la France en tant que pays souverain et responsable des conditions de vie de ses habitants.
Pour terminer, sur la responsabilité d’un pays, citons Margot Jacq et son « Petit manuel de répartie écologique ».
« Rappelons également que la France fait partie des pays riches disposant d’une marge de manœuvre importante que d’autres pays n’ont pas. (…) Nous n’avons aucune excuse pour ne pas passer à l’action. Nous n’avons d’ailleurs pas attendu que tous les autres pays du monde fassent la révolution pour renverser le roi en 1789 (évènement dont nous sommes si fiers). Alors, n’attendons pas que les autres bougent le petit doigt pour nous mettre en mouvement. Même si la France ne représente que 1% des émissions mondiales, nous ne pouvons pas nous défiler. Nous avons une responsabilité à assumer. Endossons-la, nous en serons fiers demain »
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