Entretien
L’association Séisme explore le futur du travail pour les jeunes en intégrant la notion d’impact. Interview avec Hélène Cloître, cofondatrice
Nous passons 100 000 heures de notre vie à travailler, selon Séisme. Comment aider les jeunes à trouver un emploi qui fait sens et qui existera toujours dans dix ans ?
Hélène Cloître est la présidente et la cofondatrice de l’association Séisme. Créée aux côtés d’Arthur Gosset il y a 5 ans, la structure vise à aider les jeunes à trouver un métier en accord avec leurs engagements… et qui existera toujours dans dix ans. Interview.
Vous avez créé l’association Séisme suite à votre premier documentaire, Ruptures, sorti en 2021. Pourquoi ?
Ruptures retrace la quête de sens des jeunes diplômés face à l’urgence écologique.
Lors des diffusions dans l’enseignement supérieur, les étudiants exprimaient le besoin de mieux identifier les structures qui s’engagent vraiment. C’est-à-dire : Comment discerner ce qui est de l’ordre du greenwashing de ce qui ne l’est pas ? Quels sont les métiers à impact ? Quelles sont les différentes thématiques dans le social et l’environnement ? Nous avons alors réfléchi à un projet plus concret pour permettre aux étudiants de passer à l’action.
Le forum Séisme attire 4 000 étudiants
C’est ainsi que l’idée du forum Séisme, est née. Le forum a lieu tous les ans depuis quatre ans à Rennes, en partenariat avec l’université, d’autres établissements scolaires du territoire et d’autres acteurs institutionnels (Rennes Ville et Métropole, Région Bretagne…). Nous accueillons à chaque édition environ 4 000 étudiants, qui viennent rencontrer les professionnels et les acteurs qui s’engagent concrètement sur leur territoire. Le forum explore donc le futur du travail en intégrant les deux notions d’impact et d’engagement.
Vous intervenez même auprès des collégiens et lycéens…
Fort du succès de ce forum, nous avons effectivement voulu toucher les élèves encore plus tôt dans leur scolarité, parce qu’on s’est aperçu que, souvent, les jeunes regrettent assez vite leur choix d’orientation. Nous allons donc aussi dans les collèges et les lycées pour présenter les métiers durables, à la fois sur le plan environnemental et social, mais aussi du point de vue de leur pérennité.
On met en avant des professions qui recruteront quand ils entreront sur le marché du travail et dans les 10-15 prochaines années, car on constate que les jeunes ne choisissent pas leur métier en fonction de sa durabilité dans le temps, mais plutôt en fonction de l’instantanéité. Par exemple, on parlait beaucoup de métavers il y a quelques temps. De nombreux étudiants s’y sont orientés, et puis, le secteur s’est cassé la figure. La question se pose pour l’IA, qui va, à un moment ou à un autre, atteindre un plafond de verre. La croissance du secteur va en effet être limitée par les ressources physiques et matérielles (eau, énergie…). Je ne crois pas du tout que l’IA va s’effondrer dans les prochaines années, mais je pense que le secteur va ralentir et qu’il ne faut pas tout miser là-dessus.
Pourriez-vous citer des exemples de métiers qui recruteront d’ici quelques années ?
Il y a pléthore de métiers dans le social et la santé qui embauchent et embaucheront : infirmier, aide-soignant, sage-femme, assistant social, éducateurs, animateurs….
Du côté environnemental, nous avons besoin de techniciens et techniciennes, comme par exemple de réparateurs d’éoliennes ou de panneaux photovoltaïques. Il y a un énorme potentiel dans les métiers de la réparation. Nous avons besoin de personnes capables de réparer des objets face aux pénuries de ressources. Il y a aussi des besoins importants dans le secteur du bâtiment, pour assurer la rénovation thermique par exemple. Sans oublier les métiers manuels, qui sont complètement sous-valorisés, comme menuiserie, tailleur de pierre, ébéniste…
Il est aussi crucial de former des professionnels aux enjeux écologiques dans beaucoup de corps de métiers : les avocats sur le droit de l’environnement, les médecins sur les maladies liées au réchauffement climatique…
Il est souvent dit que les jeunes se désintéressent de l’écologie. Avez-vous observé une évolution ces cinq dernières années ?
On observe effectivement qu’il y a moins d’engouement sur les sujets environnementaux. Il y a cinq ans, les associations environnementales recrutaient bien dans les établissements du supérieur. Aujourd’hui elles ont du mal.
En revanche, il y a davantage d’enthousiasme sur les questions sociales. Le pouvoir d’achat, l’accessibilité ou l’isolement sont des sujets qui parlent plus aux jeunes aujourd’hui.
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