La Bouscule

Témoignage

Cet été, pour ses vacances, Arthur, 28 ans, est allé en Grèce sans avion

" Renoncer à l’avion, c’est refuser de voyager en consommateur".

Écrit par Laure Grouas

Cet été, Arthur a décidé de retourner en Grèce sans avion, treize années après s’y être rendu par les airs. Il nous a expliqué ses motivations, la façon dont il s’y était pris pour organiser son voyage et ce qu’il avait retiré de cette expérience plutôt atypique …

Pourquoi avoir décidé d’abandonner l’avion ?

Je pense que j’ai vraiment réalisé que voyager à l’étranger est un privilège que seules peuvent s’octroyer les personnes les plus aisées financièrement. Et en général, ces personnes habitent dans les pays les plus riches de la planète.

Or ce privilège nécessite la mobilisation de moyens de transports tous carbonés. Et il contribue donc nécessairement au dérèglement climatique par l’émission de gaz à effet de serre (GES). Au cours de ces 15 dernières années, j’ai pris conscience des effets du réchauffement entre canicules virulentes, méga-feux hors de contrôle, tensions sur la ressource en eau, avec une pénibilité accrue sur les personnes précaires. Et cette prise de conscience m’a poussé à revoir mes ambitions en termes de destinations et à envisager des déplacements beaucoup plus sobres en carbone. L’avion ne pouvait plus rentrer dans cette équation.

Comment as-tu organisé ton voyage ?

Le trajet pour relier Paris à la Grèce dure environ une trentaine d’heures (dont deux nuits). J’ai utilisé trois moyens de transports différents.

Quand j’ai commencé à construire mon voyage, j’ai tout d’abord décidé de traverser au plus court entre l’Italie et la Grèce pour minimiser l’impact carbone du trajet. La solution était de prendre le ferry entre Brindisi (dans le talon de la botte italienne) et Igoumenitsa, au nord-ouest de la côté grecque. La traversée se fait de nuit avec un départ à 22 h pour une arrivée à 7 h avec une escale très rapide à Corfou.

Pour se rendre à Brindisi depuis Paris, il faut déjà se rendre à Milan. Il existe de nombreuses possibilités pour faire le trajet entre Paris et Milan : train, bus avec des horaires variés. J’ai décidé là aussi de voyager la nuit en prenant un bus au départ de Bercy. En toute honnêteté, pour le confort, j’aurais préféré que le train de nuit Paris-Milan existe encore.

Une fois à Milan, un train nous emmène à  Brindisi : le trajet dure environ huit heures.

Et alors, comment as-tu vécu ces 30 heures ?

Bien que tous ces changements modaux aient pu se faire sans précipitation et sans problème particulier, je parlerai malgré tout d’une certaine forme d’aventure ! On ressent nécessairement de l’incertitude liée à la successivité des moyens de transports. Il faut aussi trouver rapidement des repères parfois manquant dans un pays étranger. Je pense par exemple aux panneaux de signalisation dans les gares routières … Mais rien de traumatisant ! Finalement, cela m’a poussé à un certain lâcher-prise et surtout à une ouverture à l’altérité culturelle.

« Lâcher-prise », « altérité culturelle », qu’entends-tu par-là ?

Je pense que le caractère privilégié des voyages doit interroger sur les motivations qu’on leur donne. Et je crois que voyager sans avion m’a permis de me questionner sur mes motivations et surtout de m’en construire de nouvelles.

Voyager sans avion, c’est déjà renoncer à l’instantanéité de la projection dans un lieu différent. C’est voyager à un rythme plus humain. Un rythme que le cerveau est capable d’appréhender, de calculer, de vivre, de voir s’écouler. C’est prendre le temps d’attendre, de s’ennuyer, de ralentir.

Voyager sans avion, c’est écouter ce qu’ont à nous dire les paysages qui défilent, les villages, les autoroutes, les montagnes, les usines, les gares de transit, les routiers, les places, les restaurants, les fenêtres, les familles et les colonies de vacances. Voyager sans avion,  c’est se rapprocher de tout ce qui est constitutif de la vie autochtone, la vie de tous les jours. Finalement, je reviens convaincu et enthousiaste de cette façon de voyager. Elle m’a révélé de nouvelles motivations que je conserverai sûrement pour mes prochains voyages.

***********

Les émissions de ce voyage se sont élevées à 87 kgCO2eq contre 520 kgCO2eq s’il s’était fait en avion (source : Mollow)

Coût du voyage  : 220 €

Été 2026, Arthur, 28 ans, est allé en Grèce pour ses vacances sans avion
Été 2026, Arthur, 28 ans, est allé en Grèce pour ses vacances sans avion

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