Reportage
Demain 50°C : ce jeune collectif rassemble les citoyens pour leur apprendre à se protéger des canicules. Reportage.
Avant tout l'action de ce nouveau collectif ravive l'optimisme, permet de surmonter le sentiment d'impuissance et diminue l’éco-anxiété. Leur 1ère réunion s'est tenue à Paris mais leur action est déclinable dans d'autres villes.
« D’habitude, nous sommes 25 à nos réunions. Là, on est plusieurs centaines », observe Alexandre Florentin, co-créateur du tout jeune collectif Demain 50°C, qui vise à préparer les citoyens aux vagues de chaleur. Il est 18h30, et la salle des fêtes de l’Académie du climat, à Paris, est en effet bien remplie. Environ 250 personnes se sont réunies ce 1er juillet à l’appel de l’organisation pour tenir une « grande réunion citoyenne » sur la canicule. L’évènement affiche complet.
Celui-ci a été mis sur pieds en quelques jours, en réaction à la vague de chaleur extrême qui a touché la France fin juin. Les températures records ont ainsi confronté les citoyens à des situations complètement inédites, qui ont révélé nos vulnérabilités et l’impréparation du pays face au changement climatique. D’après le premier bilan de Santé Publique France, la canicule a été à l’origine d’environ un millier de décès les 24 et 25 juin. Les animaux d’élevage et sauvages sont quant à eux morts par millions. La chaleur a également eu un impact désastreux sur les végétaux.
Vivre sous 40°C ne s’improvise pas. Pour « construire les prémices de notre culture face à la chaleur », le collectif Demain 50°C, lancé il y a deux mois, souhaite donc encourager le passage à l’action collective pour s’adapter et se protéger. « On le sait, c’est la qualité du lien social qui fait qu’une société s’en sort. Nous devons nous organiser collectivement et créer un réseau d’entraide », développe en introduction l’ingénieur Alexandre Florentin, élu à la ville de Paris lors de la mandature précédente. Il a notamment travaillé sur le projet Paris à 50°C.
Se retrouver
Cette grande réunion avait ainsi deux objectifs. D’abord, briser le sentiment de solitude en permettant aux participants de partager leurs vécus et leurs solutions face à la chaleur. Ensuite, imaginer ensemble des actions citoyennes concrètes pour se préparer aux prochaines canicules à l’échelle collective. « L’idée n’est pas de faire des débats sur ce que les autres n’ont pas fait, mais de se centrer sur ce que l’on peut faire », prévient Alexandre Florentin.
C’est justement ce parti pris qui a encouragé, Patrick, 57 ans, à participer à l’événement. « J’étais séduit par le fait que cette idée ne soit pas à l’initiative d’une mairie, explique-t-il. Si ça l’avait été, on s’en serait pris aux élus : ‘Pourquoi vous n’avez pas fait ceci, cela ?’. Bien sûr, nous pouvons leur faire des reproches. Mais c’est moins productif que cet échange citoyen qui apporte des solutions d’adaptation à court terme. Une initiative comme celle-ci, ça ravive l’optimisme. »

Et d’optimisme les étudiants, actifs et retraités présents dans la salle en ont bien besoin. Au fil des prises de parole, le mot « traumatisme » revient plus que les autres. D’autres évoquent un sentiment de détresse, d’« angoisse », ou la « peur » d’avoir vu des proches « dans un état déplorable ». « Je n’osais plus parler de ce que je ressentais à mes proches, je sentais qu’il y avait une saturation, témoigne Madeleine, étudiante en géographie de 22 ans . Être ici me permet de me sentir moins seule ». Se rassembler permet aussi de dépasser un sentiment d’impuissance. « Beaucoup de mesures d’urgence n’ont pas été prises par les institutions, constate Céline, 53 ans. Mais nous, citoyens, nous pouvons être à la hauteur. Je crois au collectif. Il n’y a pas d’autres voix ».
Des solutions citoyennes
La « grande réunion », qui a duré deux heures, s’est déroulée en deux grandes étapes. La première : partager les solutions adoptées lors de la canicule pour améliorer sa préparation lors de la prochaine vague de chaleur. Qu’est-ce qu’on a testé ? Qu’est-ce qui a marché ? Qu’est ce qu’on ferait autrement ? Chacun se tourne vers son voisin et un brouhaha s’empare de la salle des fêtes. Patrick conseille de faire un « repérage des zones de fraîcheur autour de chez soi » pour s’y réfugier. L’un des défis pour Clara, 23 ans, a été l’alimentation. « Je ne savais pas quoi manger, je voulais surtout ne rien faire cuire. Je me suis nourrie presque que de melons et de tomates toute la semaine, témoigne-t-elle. Je sais maintenant qu’il faut que je prépare des repas en amont ».

Après 20 minutes d’échange, place ensuite aux discussions en groupe. Une soixantaine d’équipes de trois à quatre personnes se forment en quelques minutes sur le sol de l’Académie du climat. Chacune gamberge, en fonction de ses expériences et ses compétences, sur les façons de « mieux se préparer » sur une thématique donnée (espaces publics, école, travail, logement).
Clara et Madeleine tablent avec Céline, Dorothée, 41 ans, et Renaud, 50 ans sur les espaces publics. Ouverture d’espaces frais sécurisés la nuit, création d’une carte des lieux climatisés de Paris, limitation drastique de l’usage de la voiture en période de forte chaleur, sensibilisation des citoyens à l’arrosage du végétal dans l’espace public, « débitumisation »… Chacun leur tour, ils s’expriment, réagissent, améliorent, en fonction de leur expérience et de leur observation.

Un guide et des antennes locales
Les grilles disposées aux quatre coins de la salle se couvrent progressivement de feuilles A4 griffonnées de suggestions. Un « Guide de protection citoyenne face aux vagues de chaleur », à paraître prochainement, reprendra une partie de ces propositions. Alexandre Florentin assure que le collectif les portera jusqu’aux pouvoirs publics.

En attendant, le collectif grandit vite, poussé par les vagues de chaleur qui s’enchaînent depuis la fin du printemps. Sollicité par des citoyens en dehors de Paris, il souhaite également faire émerger des antennes dans d’autres régions.
Si vous souhaitez développer une antenne dans votre ville, le collectif se tient ainsi disponible pour vous apporter de l’aide. Vous pouvez le contacter à cette adresse mail : contact@demain50degres.fr
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