Entretien
Antoine Lavorel, naturaliste animalier, vidéaste, photographe du « vivant sauvage » près de chez nous
"S'émerveiller de l'ordinaire" et autres conseils avisés pour aider le vivant et lutter contre l'éco-anxiété.
«Vous m’entendez ? Je n’ai pas beaucoup de réseau… ». Aux pépiements des oiseaux en trame de fond, on imagine volontiers Antoine Lavorel les pieds dans l’herbe et les yeux rivés vers le ciel pendant cette interview. Rien d’étonnant pour ce photographe et vidéaste suisse de 22 ans, qui partage sa passion pour la vie sauvage sur les réseaux sociaux depuis plus de 5 ans. Le naturaliste rassemble, au gré de ses images grandioses et de ses conseils pratiques, une communauté de plus de 220 000 personnes sur Instagram. Sa passion l’a également amené à faire un premier pas dans le cinéma, et non des moindres, puisqu’il a rejoint Vincent Munier pour le tournage de son dernier documentaire, Le chant des forêts.
Il livre dans cette interview des conseils pratiques pour se reconnecter au vivant et présente son nouveau projet dédié au chat forestier, qui sortira fin 2026 sur la plateforme du média La Salamandre TV.
Qu’est-ce qui vous a amené sur la voie de la photographie naturaliste ?
Mon père est entomologiste et ma mère botaniste. J’ai eu cette chance d’être entouré de personnes naturalistes. Mon grand frère Gaël et moi avons grandi dans une maison avec un grand jardin au pied du Jura, qui est un endroit assez sauvage. Nos parents nous ont très vite montré la vie qu’il y avait au pas de notre porte : les insectes, les plantes… Ce sont les oiseaux qui m’ont d’abord fasciné. Je me levais à 6 heures du matin pour les observer à la fenêtre. Et puis, avec mon grand frère, nous nous sommes lancés dans nos premiers affûts au blaireau, à vélo, à pieds… Et nous avons voulu montrer la beauté du monde vivant, Gaël à travers la sculpture et le dessin, et moi par la photographie.
Vous publiez régulièrement sur les réseaux sociaux. Pourquoi avoir fait le choix de faire de la sensibilisation sur ces plateformes ?
Face au constat de la disparition du vivant, il a été évident qu’il fallait que je fasse ce que je pouvais, à mon échelle, pour le protéger. J’espère, par la beauté, réussir à toucher les gens et les encourager à agir. On montre trop souvent une nature inaccessible, à l’autre bout du monde, comme les lions en Afrique, les manchots en Antarctique. Ce que j’aime avant tout, c’est montrer la nature qu’il y a tout autour de chez nous. Dès qu’on a conscience du vivant, on ne peut plus se comporter de la même façon. Connaître les espèces qui nous entourent permet de donner du sens aux gestes qui peuvent paraître contraignants. On sait pourquoi on les fait.
La vidéo, comme les reels [vidéos courtes sur Instagram, ndlr], permet en plus de raconter des histoires. Elles peuvent arriver sur le téléphone de n’importe qui. C’est ce qui m’intéresse et me motive aussi, de pouvoir, grâce aux réseaux sociaux, m’adresser à des personnes qui ne seraient pas déjà convaincues.
Quels conseils donneriez-vous à des personnes qui souhaiteraient justement apprendre à connaître le vivant autour de chez elles ?
La clé, c’est de passer un maximum de temps dehors. Il n’y a pas une sortie inutile. Il faut se lancer sans se donner de grands objectifs. L’erreur serait de se dire : je vais partir dans le Jura sur la quête du lynx. C’est le meilleur moyen de se décourager ! Et puis, c’est moins intéressant que d’apprendre dans un premier temps à connaître la nature qui nous entoure au quotidien. Il faut d’abord réussir à nous émerveiller de l’ordinaire et des choses simples. Commencez par vous mettre à plat ventre dans l’herbe pour regarder la vie qui s’active. Levez les yeux pour observer les oiseaux, écoutez leur chant, et apprenez à les reconnaître*. Par exemple, tout à l’heure, sur la terrasse, il y avait des milliers de petites abeilles sauvages qui cherchaient à faire des terriers dans le sable. C’était génial, je n’avais jamais vu ça.
Vous revenez d’ailleurs tout juste du terrain pour une mini série qui va sortir à la fin d’année sur le chat forestier. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Nous connaissons bien le chat domestique, mais nous sommes moins familiers avec le chat forestier. Pourtant, on peut parfois en observer dans les champs… et penser qu’il s’agit du chat de la ferme d’à-côté. Dans la région où je suis, des chats forestiers vivent en altitude. C’est un animal en général extrêmement discret. J’ai donc voulu raconter cet affût, cette ouverture vers l’invisible, ou l’art d’arriver sur la pointe des pieds et de disparaître. Je me suis donné trois semaines, sans savoir si j’allais y arriver. Dans la série, je raconte donc cette quête, avec toutes ses galères, et il y en a eu ! Notamment 10 jours de neige, qui n’étaient pas prévus…
Souhaitez-vous partager une réflexion qui vous occupe en ce moment ?
En observant la nature autour de nous, on découvre des reptiles, des amphibiens, des insectes, des plantes… Qui sont une source intarissable de découvertes et d’émerveillement. Se rendre compte de tout ce qui vit fait un bien fou. C’est une clé pour lutter contre l’éco-anxiété. Malgré tous les ravages que l’on inflige à la nature, celle-ci a une sacrée résilience. Les hirondelles reviennent au printemps, certes de moins en moins nombreuses, mais elles reviennent quand même. On se demande souvent comment agir. Si ce que l’on fait est utile. Je me dis parfois que ce que je fais est insuffisant. J’aimerais avoir des actions plus militantes, plus frontales. Si je n’ai pas le force de me battre, par contre j’en ai pour planter des arbres et montrer la beauté du monde. C’est ma part.
* Antoine Lavorel recommande l’ouvrage Le guide ornitho (Delachaux et Niestlé )
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