Ça fait réfléchir
Mission Artemis II : pourquoi dépenser des milliards ?
Plus de 90 milliards ont été dépensés pour la mission spatiale.
Les photos de la lune ont inondé les réseaux sociaux. Impossible de ne pas avoir entendu parler de la mission Artemis II, menée par la NASA, qui s’est déroulée du 1er au 11 avril 2026. Et pour cause : aucun astronaute ne s’était approché aussi près de l’astre depuis la mission Apollo 17 en décembre 1972.
Objectif : tester les technologies en vue d’un prochain alunissage, envisagé pour 2028. Mais aussi préparer l’établissement d’une base lunaire fixe, qui permettrait de faciliter les voyages vers Mars, et d’exploiter les ressources de la lune, comme l’hélium-3. Très rare sur Terre, ce gaz est envisagé pour la fusion nucléaire.
Le coût de la mission Artemis II a lui aussi fait couler de l’encre. Selon l’Inspecteur général de l’agence spatiale américaine, celle-ci a dépensé environ 93 milliards de dollars, uniquement pour ce programme, entre 2012 et 2025. A titre de comparaison, en 2022, l’ancien président américain Joe Biden avait débloqué une enveloppe de 7 milliards d’euros pour aider les ménages à installer des panneaux solaires. Ce dispositif a été supprimé à l’été 2025 par Donald Trump.
Un enthousiasme modéré
L’excitation de cette nouvelle virée spatiale n’a pas gagné l’ensemble de la communauté scientifique. « Pourquoi les scientifiques ne sont-ils pas plus nombreux à s’enthousiasmer ?», interrogeait par exemple la revue Nature dans un article de presse publié le 31 mars, au sujet de la mission.
Certes, les quatre astronautes – trois Américains et un Canadien – d’Artemis II ont été les premiers êtres humains à observer la face cachée de la Lune et ont battu le record de la plus longue distance parcourue par des humains dans l’espace. Mais ces exploits ont pu paraître dérisoires au vue des défis qui nous attendent sur Terre. Une enquête publiée en 2023 par le centre de recherche Pew, et relatée par le New York Times, montre par exemple que si l’intérêt des américains pour la NASA est grand, l’envoi d’humains sur la Lune est loin d’être une priorité. Dans le cadre de l’étude, 10 000 participants ont dû classer 9 missions spatiales selon leur importance. Le suivi d’astéroïdes et l’étude des systèmes climatiques sont arrivés en tête, alors que l’envoi d’astronautes sur le Lune était en avant-dernière position, devant l’envoi d’astronaute sur Mars.
Reposer pieds à Terre
L’enjeu environnemental se pose d’autant plus que cette mission a une empreinte carbone élevée. Le média Reporterre rapporte que la mission Artemis II aurait relâché 2 154 et 2 343 tonnes de CO2 équivalent. Et ce, avant même son lancement. Soit l’équivalent de plus de 1 076 allers/retours Paris-New York en avion pour une seule personne. La fusée a utilisé de l’hydrogène liquide et de l’oxygène liquide pour la propulsion. Or, « la fabrication de l’hydrogène, (…) est encore majoritairement produit à partir de gaz naturel », souligne le média.
En parallèle, l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA) s’est vue amputée de près d’un quart de ses effectifs. Cette décision fait suite à la volonté du gouvernement de baisser de plus de 50 % le budget de l’agence.
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