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Mais pourquoi enrichir des gens déjà très riches ?

56 000 ultra-riches possèdent 3 fois plus que la moitié de la population mondiale

Elon Musk - crédits : Gage Skidmore - Licence CC BY-SA 4.0
Elon Musk - crédits : Gage Skidmore - Licence CC BY-SA 4.0

Écrit par Mathieu Bardeau

Les gens très riches n’ont jamais été aussi ultra-riches. Et l’écart entre eux et le reste du monde se creuse de jour en jour. C’est le constat – sans surprise – du rapport 2026 du World Inequality Lab, institut de recherche sur les inégalités mondiales et leurs moteurs. Il est notamment co-dirigé par l’économiste français Thomas Piketty.

Un chiffre particulièrement édifiant permet de mesurer les écarts de patrimoine sur la planète. Les 56 000 personnes les plus riches au monde possèdent aujourd’hui trois fois plus que la moitié la plus pauvre de l’humanité (4,1 milliards de personnes). Et cette inégalité a largement progressé ces dernières années : ce n’était “que” deux fois plus en 1995.

Plus de 40 ans d’accroissement des inégalités

Le rapport propose une explication historique de ces inégalités. Alors que l’État-providence instauré au sortir de la 2ème guerre mondiale avait, pour un temps, aplani les plus fortes inégalités, le tournant libéral des années 1980 leur a donné un nouveau souffle. Incarnée par Ronald Reagan ou Margaret Thatcher, la dérégulation des marchés et des mouvements de capitaux a ouvert la voie à un enrichissement colossal d’une infime minorité. Et la mise en retrait des luttes sociales a permis à ce mouvement de s’installer durablement. Si les salaires ont arrêté d’augmenter, les revenus du capital ont eux explosé, comme le démontrait déjà Thomas Piketty dans “Le Capital au XXè siècle”. En d’autres termes : seuls les riches ont pu continuer à s’enrichir.

Les très riches : une minorité surmédiatisée

Aujourd’hui, cette minorité d’ultra riches est particulièrement visible et médiatisée. il s’agit de patrons de la tech comme Mark Zuckerberg (Meta), Jeff Bezos (Amazon) ou Sundar Pichai (Google), de dirigeants industriels comme Elon Musk (Tesla, entre autres), ou bien, par exemple en France, des gardiens du temple de l’industrie du luxe, comme Bernard Arnault (LVMH) ou la famille Wertheimer (Chanel). Multimilliardaires, leur richesse continue de s’accroître pendant que les finances publiques se dégradent, que la pauvreté progresse et que les salaires stagnent. Depuis 1980, les classes moyennes ont ainsi vu leurs revenus augmenter de… 1% par an.

Le climat, victime des ultra riches

Point important du rapport : l’enrichissement de ces happy few se fait au détriment de la planète. Car les plus riches sont aussi ceux qui polluent le plus, avec une forte disparité géographique. Les 10 % d’Américains les plus riches émettent ainsi 40 fois plus que leurs homologues nigérians. Et si l’on prend en compte l’empreinte carbone non plus des individus, mais des patrimoines (en comptabilisant aussi les émissions des structures possédées par ces personnes), alors ces mêmes 10 % d’Américains rejettent près de 75 % des émissions des États-Unis.

Que pouvons-nous faire ?

Pour limiter, dans une très faible mesure, l’accentuation de ces inégalités, nous pouvons chacun nous interroger sur l’origine de ce que l’on consomme, et refuser de participer à la constitution de ces fortunes. Par exemple, en évitant d’acheter sur Amazon, ou en préférant les logiciels open source à ceux de Microsoft. Ou encore en achetant une voiture électrique autre que Tesla… 

Mais pour un impact mondial et durable, le World Inequality Lab voit la solution ailleurs : rétablir progressivement un semblant de justice économique et sociale par le biais de l’impôt. Il défend ainsi la taxe Zucman, consistant en un prélèvement de 2 % du patrimoine des plus fortunés, au-delà de 100 millions de dollars. À la clé, 500 milliards de recettes mondiales supplémentaires par an pour les États et leurs habitants. Sans cette redistribution, aucun effort ne pourra être consenti par les populations, comme l’atteste Thomas Piketty : « Il est impossible dans les pays du Nord de demander aux 50 % les plus pauvres de réduire leur mode de vie, leur empreinte carbone, de leur demander des efforts pour financer les écoles dans les pays du Sud, tant que le haut de la distribution ne sera pas très sérieusement mis à contribution. »

Source : article d’Éric Albert pour le Monde, publié le 9 décembre 2025
Image de Une sous Licence CC BY-SA 4.0 (crédits : Gage Skidmore)

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