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Qu’est-ce que l’alexithymie ? En souffrez-vous ?
Méconnu, ce trouble des émotions touche pourtant 10 % de la population
Vous avez du mal à identifier vos émotions ? Vous ressentez souvent un trouble en vous, mais êtes incapable de le nommer et de le maîtriser ? Peut-être souffrez-vous d’alexithymie. Peu connue du grand public, elle touche pourtant 10 % de la population.
Dérivée du grec a-lexis-thymos (sans-mots-humeur), cette notion désigne ainsi un trouble de la régulation des émotions. « Les personnes alexithymiques ont des difficultés marquées à identifier leurs émotions, ainsi que celles des autres, et à les communiquer aux autres. Elles ont aussi un mode de pensée concret, dépourvu de connotation affective », explique Olivier Luminet, Professeur à l’Institut de recherche en sciences psychologiques de l’Université de Louvain, dans un article paru dans la revue scientifique Annual Review of Psychology. Les personnes touchées connaissent l’existence des émotions mais ne savent pas les reconnaître chez eux ou chez les autres, encore moins les exprimer. En lieu et place des émotions comme la joie ou la tristesse, elles parlent plutôt d’un malaise général, qui peut engendrer de la souffrance.
Un quotidien très affecté
Dans la vie de tous les jours, l’alexithymie se matérialise de la façon suivante :
- un manque d’empathie
- une sensation de vide intérieur
- des réactions déconnectées de leurs causes, trop vives, trop agressives, et arrivant brutalement
- une absence de plaisir, de tristesse, de joie
Chez les personnes touchées, les émotions non identifiées s’expriment alors différemment : maux de tête, douleurs à l’estomac, fatigue, etc. On parle alors de somatisation. L’émotion non perçue se déplace vers une autre forme de mal-être, dont le patient ignore donc la cause. Cela génère une forme de décalage entre son état psychique et son état physique, et une incompréhension face à son propre état de santé. Parmi les conséquences les plus graves, l’alexithymie peut aussi entraîner un risque plus élevé de dépression, mais également des risques cardio-vasculaires plus importants.
Aujourd’hui, l’alexithymie n’est pas considérée comme une maladie à proprement parler par l’OMS. Cependant, elle est bien connue des services médicaux, et on en identifie 2 types. Le premier est considéré comme un trait de personnalité, d’origine génétique. Le second type d’alexithymie apparaît à la suite de traumatismes psychiques, de troubles de la santé mentale comme par exemple la dépression. Chez les patients concernés, des études d’imagerie neurologique ont montré une connexion limitée entre les régions impliquées dans le traitement émotionnel d’une part, et dans la conscience de soi d’autre part. Dans les cas d’alexithymie élevée, les chercheurs de l’Université de Louvain ont trouvé des causes dans l’enfance des patients. Les connexions neurologiques manquantes pourraient ainsi être liées à un entourage familial décourageant l’exploration et la verbalisation des émotions de l’enfant.
Comment l’identifier?
L’alexithymie n’étant pas une maladie, on ne peut pas la soigner en tant que telle. Mais on peut quand même aider les personnes atteintes à mieux vivre avec.
D’abord en leur permettant d’identifier leur pathologie. Car l’incompréhension est un facteur d’accentuation des réactions comportementales inadaptées.
Dans un article paru dans the Conversation, Alizée Richalley, Jimmy Bordarie, Amandine Deloustal et Caroline Giraudeau de l’Université de Tours précisent : “Mieux comprendre l’alexithymie […] est un pas vers une vision plus inclusive et nuancée de la diversité émotionnelle. […] Reconnaître ces différences permet de créer des environnements bienveillants et soutenants pour ceux qui peinent à être en contact avec leurs émotions. Sensibiliser à l’alexithymie peut aussi aider à mieux comprendre les défis uniques que cette caractéristique implique, notamment dans les relations interpersonnelles, et essayer de cerner son origine permettrait de mieux comprendre ses effets.”
Au-delà de l’identification de l’alexithymie, il existe des pratiques permettant de mieux vivre avec. On pense d’abord à l’hypnose, au yoga ou à la relaxation, qui peuvent aider à connecter sensations et émotions, sans certitude médicale pour autant. Pour un traitement plus en profondeur, la psychothérapie propose des résultats intéressants. Elle aide les personnes à se concentrer sur leurs réactions comportementales, et à faire le lien avec leurs émotions. Des recherches en cours se penchent aussi sur l’art-thérapie ou la musicothérapie. Elles aideraient à mieux comprendre les émotions, par un moyen moins formel que celui d’une thérapie classique.
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