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Dessaler l’eau de mer : une solution face à la pénurie d’eau ?

Elle a l'air simple, mais c'est une technique qui coûte cher sur bien des plans.

La saumure rejetée après avoir dessalé l'eau de mer modifie localement la salinité de l'eau. Crédits aleksandarlittlewolf
La saumure rejetée après avoir dessalé l'eau de mer modifie localement la salinité de l'eau. Crédits aleksandarlittlewolf

Écrit par Déborah Berthier

Quand l’eau douce vient à manquer, l’océan apparaît comme une évidence. Immense, salé, inépuisable en apparence : pourquoi ne pas y puiser l’eau potable qui fait défaut aux territoires frappés par la sécheresse ? Puisque l’eau de mer est abondante, pourquoi ne pas la transformer en eau potable pour répondre au stress hydrique croissant ?

Techniquement, le dessalement n’a rien d’une innovation balbutiante. Les procédés sont maîtrisés, notamment l’osmose inverse. Cette technique permet de produire de l’eau potable à partir de l’eau de mer grâce à des membranes très fines. Dans certaines régions du monde, cette technologie alimente déjà des millions de personnes. Au Moyen-Orient ou en Israël, par exemple.

Dessaler l’eau de mer : une solution énergivore

Mais dessaler l’eau de mer n’est pas sans conséquences. C’est un processus lourd, énergivore, et loin d’être neutre pour l’environnement. Produire un mètre cube d’eau dessalée demande beaucoup plus d’énergie que le traitement d’une eau douce classique. Entre environ 2,5 et 4 kWh d’électricité par m³ d’eau produite grâce à l’osmose inversée, contre 0,5 kWh/m³ ou moins pour traiter l’eau douce. Tant que cette énergie repose majoritairement sur des sources fossiles, le dessalement contribue indirectement aux émissions de gaz à effet de serre, accentuant le dérèglement climatique.

À cela s’ajoute un enjeu écologique souvent relégué au second plan : la gestion des rejets. Le dessalement produit une eau résiduelle très concentrée en sel, appelée saumure, parfois chargée de produits chimiques utilisés pour l’entretien des installations. Cette saumure est généralement rejetée en mer, à proximité des côtes. Or, même diluée, elle modifie localement la salinité de l’eau. Et perturbe les écosystèmes marins. Des études pointent des effets sur les organismes les plus sensibles, en particulier dans les zones déjà fragilisées par l’activité humaine ou le réchauffement des eaux.

L’impact ne se limite pas aux rejets. Les prises d’eau nécessaires au fonctionnement des usines aspirent de grandes quantités d’eau de mer. Elles entraînent avec elles plancton, larves et petits organismes, essentiels à l’équilibre des chaînes alimentaires. Ces effets cumulés font du dessalement une solution loin d’être anodine pour les milieux marins.

Sobriété plutôt que dessalement

En France, ces limites expliquent en grande partie la prudence des autorités. Le dessalement y reste marginal et cantonné à des contextes très spécifiques, comme certains territoires insulaires. Le pays dispose encore de marges de manœuvre importantes : des réseaux d’eau vieillissants qui fuient, une consommation agricole et domestique élevée, et une réutilisation des eaux usées très faible comparée à d’autres pays européens. Dans ce contexte, investir massivement dans le dessalement reviendrait à traiter les symptômes sans s’attaquer aux causes. Sobriété des usages, adaptation des cultures agricoles, protection des nappes phréatiques et des zones humides semblent aujourd’hui des solutions plus pertinentes pour protéger nos ressources en eau.

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