Le point sur
La Stratégie alimentaire nationale bloque sur les aliments ultra-transformés
Encore loupé. Prévue pour le 28 novembre, la publication de la Stratégie Nationale pour l’Alimentation, la Nutrition et le Climat (Snanc) a de nouveau été reportée après deux ans de retard. Matignon a justifié ce blocage par une absence de validation du texte par le Premier ministre. Mais le document, qui doit présenter un cap pour une alimentation saine et durable à l’horizon 2030, accumule les polémiques.
Quelques heures avant la publication du document, la cellule d’investigation de Radio France, qui a pu se procurer le texte, a révélé qu’à la demande du ministère de l’Agriculture, le gouvernement a retiré l’appel à « limiter les produits ultra-transformés ». Et ce, contre l’avis des ministères de la Santé et de la Transition écologique.
La question des aliments ultra-transformés en jeu
Une décision qui interroge, alors que les preuves des effets délétères des aliments ultra-transformés sur la santé (obésité, diabète, maladies cardiovasculaires, dépression…) ne manquent pas. Quelques jours plus tôt, la prestigieuse revue scientifique The Lancet avait par exemple publié un appel signé par plus de 40 chercheurs appelant à mettre en œuvre des mesures de santé publique pour limiter le recours à ces aliments.
Les aliments ultra-transformés sont souvent désignés comme des aliments composés d’ingrédients qu’on ne trouve pas dans nos cuisines (émulsifiants, sirop de glucose, colorants alimentaires, conservateurs, huiles hydrogénées…) et qui ont subi divers procédés de transformation. Ce sont par exemple la charcuterie industrielle, les céréales du petit-déjeuner ou encore les sodas (1).
Le lobby de l’industrie alimentaire conteste néanmoins ce terme, qu’il qualifie d’« arbitraire ». « Aujourd’hui, la question n’est […] pas de savoir si l’on est ultra ou super transformé ! La question est de toujours mieux transformer », défend l’Association Nationale des Industries Alimentaires dans un communiqué.
Un autre point de tension avait bloqué la parution du document en septembre dernier : la consommation de produits carnés. L’ex-Premier ministre François Bayrou avait demandé le retrait de l’appel à « réduire » la consommation de viande. La dernière mouture appelait quant à elle à la « limiter ».
(1). La plateforme OpenFoodFact, en accès libre, permet d’identifier les aliments selon leur degré de transformation.
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