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Résister au backlash écologique
Détricotage des politiques en faveur de l’environnement en France, en Europe et et dans le monde, répression des militants, revirement des entreprises… Ce sentiment de recul sur les questions environnementales porte un nom : le « backlash écologique ». Dernier exemple en date : le report de l’interdiction des gobelets jetables en plastique, communiqué par un arreté le 30 décembre. La mesure, qui devait entrer en vigueur le 1er janvier 2026, a finalement été repoussée à 2030.
Derrière ces reculs, se cachent souvent des lobbies. Ceux-ci s’organisent pour défendre les intérêts d’une industrie (plastique, tabac, pesticides…). Ces groupes d’intérêt utilisent plusieurs méthodes, comme l’instrumentalisation de la science ou la création de conflit d’intérêts. L’objectif : semer le doute sur la véracité d’un fait ou la possibité de mise en œuvre d’une mesure environnementale (1). Par exemple, le recul sur les gobelets jetables a été justifié par un problème de « faisabilité technique d’une absence de plastique dans les gobelets ». Aujourd’hui, une grande partie des gobelets en carton contiennent en effet du plastique et ne sont pas recyclables. Interrogée par Le Monde, Nathalie Gontard, directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement et spécialiste des emballages alimentaires, évoque une « mauvaise foi »* . Il existe en effet des alternatives, comme des gobelets 100 % kraft (2) ou des contenants réutilisables en métal ou en verre, souligne la scientifique.
Une démobilisation politique et non citoyenne
« Attention à la prophétie auto-réalisatrice », a néanmoins alerté en mars dernier l’organisation Parlons Climat, spécialiste de l’analyse de l’opinion publique sur les enjeux écologiques. « Si recul il y a, il concerne les décideurs politiques. En effet rien, dans les données d’opinion publique, ne montre un retournement massif de la population », précise-t-elle. Selon un sondage Ipsos pour Réseau Action Climat publié en octobre dernier, 67 % des Français estiment en effet que l’Etat doit accentuer la planification écologique et créer des emplois dans la transition écologique, même si cela suppose un cadre plus contraignant et un coût. L’enquête montre aussi que les mesures pour l’écologie remportent une certaine adhésion, quelque soit les opinions politiques. Quelque 8 français sur 10 estiment qu’il faut limiter le plus possible l’usage des pesticides. 75 % des sondés sont favorables au développement des énergies renouvelables en France et 87 % souhaitent le maintien de la mesure « zéro artificialisation nette », qui a pourtant été allégée avant l’été. Autre exemple : la signature par plus de deux millions de personnes de la pétition contre la loi Duplomb.
Résister collectivement
Il existe plusieurs leviers pour résister au recul des décideurs publics. Le premier étant de (bien) s’informer, et de soutenir si on le peut la presse indépendante. Parmi les autres outils : le vote (les municipales approchent ! ), ou la mobilisation dans une association ou un collectif à l’échelle locale pour faire porter concrètement les sujets d’écologie sur son territoire.
(1) Vous voulez en savoir plus sur le fonctionnement des lobbys ? Nous vous recommandons la lecture de l’ouvrage Lobbytomie, de la journaliste Stéphane Horel.
(2) Les gobelets en kraft ne sont pas non plus une solution miracle. Une couche d’acide polylactique, issu de l’amidon de maïs, recouvre l’intérieur du contenant pour garantir son imperméabilité. Bien que biosourcé, ce composant est uniquement compostable à l’échelle industrielle. Mieux vaut donc miser sur les gobelets réutilisables.
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